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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/685

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ces capitaines avaient commencé par être mousses; c’était en montant de grade en grade qu’ils avaient, par leur expérience et par leurs services, obtenu leur commission. Ils levaient eux-mêmes leurs équipages et étaient chargés de les nourrir.

Il n’y avait pour toute la Hollande qu’une seule armée navale; mais dans cette armée on comptait autant de flottes ou de divisions qu’il existait d’amirautés. L’amiral de Rotterdam commandait à tous les autres. S’il était tué, l’amiral de Zélande arborait le pavillon; les amiraux d’Amsterdam, de Nord-Hollande et de Frise prenaient à leur tour le commandement dans l’ordre assigné à ces trois amirautés.

Pour avoir la première marine du monde, il ne manquait aux Provinces-Unies que des ports d’un accès plus facile et d’une profondeur plus grande. La Hollande n’était pas à cet égard aussi richement dotée que l’Angleterre. La ville d’Amsterdam ne pouvait faire sortir de son arsenal que des vaisseaux sans lest, sans canons et sans vivres. Rotterdam, Middelbourg et Flessingue offraient sans doute de meilleures conditions. Les vaisseaux hollandais n’en étaient pas moins tous construits à fond plat. Ce mode de construction avait ses inconvéniens; il présentait aussi ses avantages. La flotte néerlandaise, tirant fort peu d’eau, dérivait beaucoup; elle pouvait du moins s’échouer avec une impunité relative et trouvait aisément, en se jetant au milieu des bancs de la côte de Flandres, un refuge où les armées ennemies hésitaient à la suivre. D’un échantillon en général très faible, assemblés presque entièrement avec des chevilles de bois, charpentés pour la plus grosse paît en sapin, ces vaisseaux duraient peu et passaient pour a ne point faire de résistance au canon; » mais les bonnes gens des Provinces-Unies, tout en faisant vigoureusement la guerre, voulaient rester économes. Ils se seraient reproché d’exposer à de si grands hasards des constructions trop somptueuses, et ce n’était pas sans raison qu’ils comptaient sur le courage de leurs marins pour abréger la durée des combats en passant promptement de la canonnade à l’abordage.

Les Hollandais, sur plus d’un point, avaient été obligés de forcer la nature. Les Anglais trouvèrent le terrain mieux préparé. Des rades immenses, des ports profonds, des fleuves pareils à de longs bras de mer, s’ouvraient pour recevoir les flottes qu’ils allaient bâtir. Les plus grands navires qui fussent alors connus pouvaient remonter la Tamise et arriver jusqu’à 4 milles de la capitale. La marée même, insuffisante sur les côtes des Pays-Bas, secondait merveilleusement sur celles de la Grande-Bretagne les constructions navales et les radoubs. Porté par le flot dans le havre factice que l’on creusait à terre, le navire y restait à sec quand l’eau se retirait. Ces bassins, qu’on n’a pu se procurer qu’à grands frais et