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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/659

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pensée du fabricant s’est portée isolément, sont ornées de riches arabesques et quelquefois de simples figurines dans le style des décorations de la renaissance. Les armes françaises, conformes au goût français traditionnel, sont légères de forme et embellies d’incrustations et de ciselures qui cherchent surtout la grâce et l’élégance, et qui sont comme réglées par une fantaisie sobre. La seconde section de ce musée est une collection rétrospective d’objets de toute provenance des industries d’art d’autrefois, meubles et coffres, faïences et porcelaines, ivoires et tapisseries. La collection céramique, qui est fort belle, se partage à peu près également entre les faïences provençales, fort gaies avec leurs paysages en miniature se détachant sur un fond d’une blancheur éclatante, tout à fait comme les villages et les aspects de ces beaux pays se détachent sur le fond lumineux du ciel méridional, et les faïences de vieux Rouen, celle de toutes les anciennes fabriques qui a le mieux compris à mon gré le genre de décoration à la fois riche et sensé que comportent des vases qui, pour si soignés qu’on les veuille, sont destinés cependant à un service commun et journalier.

Parmi cette foule d’objets divers, il en est deux que nous voulons distinguer de préférence, non parce qu’ils sont parmi les plus beaux, mais parce que quelques atomes de notre âme nationale y sont restés attachés en quelque sorte et qu’ils ont provoqué en nous un retour de quelques instans sur la vie morale de nos pères et les destinées que leur firent les croyances qu’ils adoptèrent avec tant d’enthousiasme. L’un est un meuble du dernier siècle dont les deux battans sont ornés de deux petits tableaux de genre qui ressemblent à des Meissonier sculptés sur bois. Sur l’un des battans, un jeune seigneur en jabot de dentelle et en perruque correctement frisée est assis, écrivant sur un pupitre chargé de papiers et surmonté de quelques rayons de bibliothèque. C’est un des élégans laboratoires où les nobles esprits de l’époque s’occupent à rechercher les moyens de créer la lumière afin de la répandre sur le monde avec une générosité que n’avaient pas connue les âges passés. Sur l’autre battant, nous revoyons le même laborieux sanctuaire, mais occupé par un hôte tout différent, un jeune homme en costume populaire, peut-être un serviteur, peut-être même un frère de lait familier dans la maison, car il a l’air d’être là comme chez lui. Les lumières se propagent, vous le voyez : du jeune seigneur du premier battant, elles sont descendues au jeune plébéien du second; lui aussi connaît maintenant le prix de la science, lui aussi veut savoir ce que contiennent les livres de son maître. L’incroyable enthousiasme moral et la généreuse illusion de l’époque Louis XVI ressuscitent dans l’âme en contemplant ce meuble, devant lequel on