Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/63

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


épiscopale de Noyon, plus célèbre historiquement, une attention spéciale et prolongée ; il a consacré à la fondation ou plutôt aux fondations successives de cette église, à l’histoire de ses évêques, une étude de 232 pages, modèle accompli de la critique la plus minutieuse et la plus scrupuleuse appliquée à la vie matérielle d’un monument ecclésiastique. — Cette étude a conduit M. Vitet à cette conclusion, que la reconstruction d’un grand nombre d’églises en France, du XIIe au XIIIe siècle, fut le résultat d’une révolution dans la classe des constructeurs, que les confréries laïques des francs-maçons prirent dans ces travaux la place des corporations ecclésiastiques, et que ce fut là une conséquence de la formation naissante des communes et une cause efficace de leurs progrès. Si cette conjecture, qui me paraît probable, est confirmée par de nouvelles études appliquées à d’autres églises que Notre-Dame de Noyon, ce sera un pas considérable dans l’histoire des communes elles-mêmes et la découverte de l’un des échelons par lesquels elles se sont successivement élevées.

La peinture est le plus populaire des arts, c’est-à-dire le plus soumis au jugement du grand nombre et à l’état si variable des goûts, des modes et des mœurs. Elle en fit l’épreuve dans les plus beaux temps du règne de Louis XIV; quatre grands peintres se disputaient alors le domaine de l’art. Nicolas Poussin, né en 1594, Philippe de Champagne, né en 1602, Eustache Le Sueur, né en 1617, Charles Lebrun, né en 1619. Poussin avait vécu depuis 1624 à Rome, où il était arrivé à grand’peine : « à son air grave et recueilli, dit M. Vitet, on l’aurait pris pour un docteur de Sorbonne; mais son œil noir lançait, sous un épais sourcil, un regard plein de poésie et de jeunesse. Sa façon de vivre n’était pas moins surprenante que sa personne; on le voyait marcher dans les murs de Rome, ses tablettes à la main, dessinant en deux coups de crayon tantôt les fragmens antiques qu’il rencontrait, tantôt les gestes, les attitudes, les physionomies des personnes qui se présentaient sur son chemin... Son impassible austérité, l’audacieuse indépendance dont il faisait profession, avaient produit dans Rome un grand effet; en présence de l’orgueil délirant des ateliers, au milieu de leurs triomphes et de leurs colères, on l’entendait proclamer tout haut qu’il regardait comme non avenues toutes les écoles, toutes les traditions académiques, et ne travaillait qu’à se faire à soi-même sa méthode, son style, sa poétique, sans vouloir ressembler à personne. C’était s’exposer à passer pour fou, pour visionnaire et, qui pis est, à mourir de faim. Cependant, après avoir bien ri de pitié, les gens de bonne foi s’aperçurent que l’artiste n’en était pas ébranlé, qu’il ne transigeait pas, qu’il persévérait comme Galilée;