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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/623

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Livie, pour le mener à sa guise, n’avait plus besoin d’employer la ruse et l’artifice. Brisé d’ennuis, de lassitude, vaincu par l’âge, les malheurs de sa vie domestique, et ces terribles adversités (qu’on les appelle la défaite de Varus ou Malplaquet) qui éclatent au dénoûment des longs règnes, il en était à ce point où l’on se laisse faire. Le vrai génie de Livie fut de savoir gouverner cette faiblesse du vieillard et de l’exploiter avec audace après l’avoir laborieusement amenée. Ses colères séniles, qui sans elle eussent avorté, par elle se changeaient en résolutions capitales, en décrets de bannissement ou de mort. Auguste, en proie au premier accès, se retire au fond de son palais, et, pendant qu’il laisse croître sa barbe et ses cheveux, qu’il use son ressentiment à se lamenter en citant des vers d’Homère, Livie tourne au profit de sa politique personnelle l’accident dès longtemps entrevu, de telle sorte que le vieil empereur, en se réveillant de sa crise, trouve devant lui des faits accomplis.

Auguste se montra-t-il toujours si résigné? Après avoir de son propre mouvement commis tant de crimes dans sa jeunesse, accepta-t-il sans remords tous ceux qui plus tard furent commis en son nom? Sans remords, oui, peut-être, mais non point sans impatience; autrement Tacite n’aurait pas écrit ce qui suit : « La santé d’Auguste empirant, plusieurs soupçonnèrent quelque attentat de sa femme; le bruit courait en effet que, peu de mois auparavant, Auguste, de concert avec divers hauts personnages, et seulement accompagné de Fabius Maximus, s’était rendu à Planasia pour y visiter Agrippa Posthumus. Dans cette entrevue, l’empereur aurait versé beaucoup de larmes et donné des signes de tendresse et d’émotion de nature à faire concevoir des espérances sur un prochain retour du jeune prince dans la maison de son grand-père. Le secret fut confié par Maximus à sa femme Marcia, qui n’eut rien de plus pressé que de le rapporter à Livie. L’empereur eut vent de la chose, et lorsque bientôt après Maximus mourut, — peut-être par le fait d’un suicide, — on entendit à ses funérailles Marcia s’accuser en gémissant d’avoir causé la perte de son mari. » Quoi qu’il en soit, rappelé par une dépêche de sa mère, Tibère dut quitter l’Illyrie en toute hâte. En arrivant à Nola, que trouva-t-il? Auguste vivait-il encore, était-il déjà mort? C’est ce qu’on ne saurait dire avec certitude, car Livie avait, à grand renfort de troupes, intercepté les abords de la maison et des rues avoisinantes; de temps en temps, on faisait circuler des nouvelles, puis, toutes les mesures de précaution étant prises, on annonça du même coup la mort d’Auguste et l’avènement de Tibère. Dion Cassius raconte également ce bruit, et, parlant de la maladie de cet empereur de soixante-dix-sept ans et