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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/588

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le berceau des libertés bataves. Un beau soir d’été, pendant la kermesse, quand les rues étaient pleines d’une foule oisive parmi laquelle se promenaient les gardes civiques en uniforme, Maurice arrive; il mande les magistrats. « Vous ne m’attendiez pas, leur dit-il, à votre fête. »

Des conférences commencèrent le lendemain entre un comité des états-généraux qui accompagnait Maurice et les états d’Utrecht. Maurice demandait le désarmement des gardes civiques et le synode. «Trois nuits après la dernière conférence, Maurice envoya sous main ordre à des troupes régulières de se trouver en armes à Utrecht le lendemain matin à trois heures et demie : environ 1,000 hommes d’infanterie, outre la garnison régulière de la place, avaient été rassemblés sans bruit de tambour avant trois heures et demie du mutin et étaient rangés sur la place du marché. A l’aube, le prince arriva de sa personne, à cheval, entouré de son état-major, sur cette place, un grand rectangle où débouchent les sept ou huit principales rues de la ville. Chacune des entrées de la place avait été gardée par les ordres de Maurice, et le canon était braqué sur toutes les rues. Une seule compagnie de gardes civiques stationnait sur la place. Le prince s’en approcha tranquillement à cheval, et ordonna aux gardes de mettre bas les armes. Ils obéirent sans un murmure. Il fit rechercher tous les gardes dans la ville entière. Cet ordre fut promptement exécuté, et au bout de peu de temps le corps entier des mercenaires, au nombre de mille, avait déposé ses armes aux pieds du prince. » On ne brûla pas une amorce; la plume jaune du stathouder avait fait, sans combat, toute une révolution. Les conseillers les plus mutins prirent la fuite, et quatre jours après le stathouder installa un nouveau gouvernement municipal composé de ses créatures. Il annonça aux nouveaux magistrats qu’il les nommait à vie : l’usage avait été jusque-là de les nommer pour un an seulement. Il donna avant de partir la cathédrale aux contre-remontrans. Peu de jours après, les états-généraux, qui étaient dévoués à Maurice, envoyèrent des convocations dans toutes les provinces pour le synode national.

Barneveld était vaincu. Les états de la province de Hollande lui restaient fidèles; mais Maurice s’appuyait sur les états-généraux, qui représentaient toute la confédération, sur l’armée, sur les classes populaires, sur la secte la plus fanatique et la plus remuante. Il avait brisé les municipalités les plus arrogantes, il s’était promené dans les provinces sans rencontrer aucune résistance, il avait dissous toutes les gardes civiques. Le 29 août, Barneveld se rendit en voiture aux états de Hollande. Ces états, comme les états-généraux, se réunissaient dans le Binnenhof, l’ancien palais des comtes de Hollande.