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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/52

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mentaires, une histoire générale des arts aussi remarquable par la profonde connaissance des faits et les détails anecdotiques que par la richesse et l’élévation des vues sur la théorie des arts et par l’équitable appréciation en même temps que par l’admiration passionnée de leurs chefs-d’œuvre. Je ne terminerai pas cette notice sans en donner quelques frappans exemples; je reprends maintenant le cours des événemens et des travaux qui ont rempli ou momentanément distrait de leur pente naturelle la vie et l’âme de M. Vitet.

Pendant qu’il s’adonnait à ces élégantes et paisibles études, la révolution de 1830 éclata. Il en comprit admirablement, dès les premiers jours, le vrai caractère, ainsi que les conditions du régime nouveau qui en devait résulter. Nous n’avons pas encore réussi, bien s’en faut, à reconnaître et à mettre en pratique tous les enseignemens de cette grande époque, et il importe à notre avenir encore plus qu’à notre situation actuelle de nous en rendre exactement compte. La restauration n’avait pas fait en France en 1830 toutes les conquêtes que lui avait promises la charte. Inactives, mais non résignées, les sociétés secrètes et révolutionnaires étaient encore là, prêtes, dès qu’une circonstance favorable se présenterait, à reprendre leur travail de conspiration et de destruction. D’autres adversaires, plus légaux, mais non moins redoutables, épiaient toutes les fautes du roi et de son gouvernement, et les commentaient assidûment devant le public, attendant et faisant pressentir des fautes bien plus graves qui amèneraient les conséquences suprêmes. Dans les masses populaires, les vieux instincts de haine et de méfiance pour tout ce qui rappelait l’ancien régime et l’invasion étrangère continuaient de fournir aux ennemis de la restauration des espérances et des armes inépuisables. Le peuple est comme l’océan, immobile et presque immuable au fond, quels que soient les coups de vent qui agitent sa surface. Cependant, même au milieu de la fermentation électorale de 1830, l’esprit de légalité et le bon sens poli-