Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/488

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


du droit d’interpréter arbitrairement toutes les paroles d’un député à ses électeurs ? — Le vote aura lieu par arrondissement, fort bien : c’est sans nul doute le meilleur moyen de mettre la vérité, la sincérité dans les élections, et de toutes les garanties conservatrices qu’on cherche celle-là est probablement la plus efficace ; mais cela n’a pas suffi aux raffinés de la commission, il faut trouver mieux : on n’aura pas le droit d’être élu, si on n’est pas né dans le pays ou domicilié dans le département. La société ne sera sauvée que lorsqu’on aura dans une chambre la fleur des pois de tous les arrondissemens de France ! Le secret de la restriction ou de la comédie, on ne le cache pas : on a peur de ce qu’on appelle les « candidatures plébiscitaires. » Allons, qu’on dise toute la vérité, on a voulu surtout se prémunir contre l’élection multiple d’un homme, et, si M. Thiers n’existait pas, on n’aurait sans doute jamais imaginé cette condition de l’indigénat pour les députés. L’inconvénient, du projet nouveau, c’est qu’il est tout plein de ces arrière-pensées, de ces précautions inutiles ou puériles, sans compter qu’il est quelquefois d’une correction douteuse, et qu’on s’est probablement mépris en mettant dans un article que « tous les électeurs sont éligibles sans condition de cens, à l’âge de trente ans, sauf ceux qui ont été députés. » Les membres de l’assemblée actuelle ne sont donc plus éligibles ! Est-ce là ce qu’on a voulu dire ? La commission des trente s’est un peu égarée dans ses études, elle n’a pas vu qu’elle perdait bien du temps, sans compter son français, pour arriver à coordonner ces inventions, et qu’elle allait au hasard en séparant la loi électorale des autres projets constitutionnels, si bien qu’après trois mois on n’est pas plus avancé.

Avec ces incohérences et ces lenteurs, à quoi arrive-t-on ? Pas plus tard qu’hier, M. le vice-président du conseil était obligé de proposer une prorogation des conseils municipaux, qui devraient être renouvelés le mois prochain et qui ne pourront l’être faute d’une loi organique qui n’est pas faite. On avait pris trois ans pour préparer cette loi, qui est à peine présentée d’hier par la commission de décentralisation, que l’assemblée aura maintenant à discuter. Il est évident que, si on n’en vient pas à mettre un peu d’ordre dans cet immense travail que M. le vice-président du conseil résumait l’autre jour, — lois constitutionnelles, loi municipale, loi de réorganisation militaire, budget de 1875, — si on ne se décide pas à tout simplifier et à commencer par le commencement, on risque de se débattre indéfiniment dans une confusion vaine ; on s’expose à renouveler en tout et incessamment ce qui se passe dans cette discussion des impôts nouveaux qui se prolonge depuis plus de deux mois à travers les résistances, les contestations, les propositions improvisées et les motions de fantaisie. A chaque pas, la bataille se reproduit, tantôt sur les chèques, tantôt sur l’alcool ou sur les sucres, le lendemain sur le sel, et c’est toujours au fond la même chose : il s’agit de savoir sur quoi on rejettera le fardeau.