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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/486

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 mars 1874.

S’il y a pour un pays des heures favorables où tout est simple, net et vivant, il y a des momens où tout est laborieux et difficile, où la politique, indécise et fatiguée, passe des agitations vaines à une sorte de stagnation. On a de la peine à s’ouvrir un chemin, à se tirer d’une discussion financière ou de la préparation d’une loi, à se décider et à faire tout ce qui serait sérieux. On se repose ou l’on se perd dans une délibération confuse et lente. Il n’y a que les vanités, les fantaisies, les passions futiles et opiniâtres des partis, qui montrent une activité toujours infatigable, qui se déploient avec leur égoïste et audacieuse candeur. Qu’en est-il donc encore aujourd’hui ? Les événemens sont rares, c’est tout au plus s il y a des incidens. Tandis que l’assemblée vote consciencieusement des impôts ou que la commission des trente arrive à mettre au jour son projet de loi électorale, les journaux mâchent et remâchent d’éternelles polémiques sur l’éternelle conjonction des centres, sur l’organisation du septennat, sur la constitution de la seconde chambre. Les légitimistes s’ingénient à raconter les émouvantes histoires de ce qui se passe entre M. le comte de Chambord et ses amis, ou à se demander comment on pourrait supprimer le nom de la république en attendant mieux, — et les bonapartistes vont à Chislehurst pour saluer demain la majorité du prince impérial, toujours aussi en attendant mieux. Tout cela est fort naturel, à ce qu’il paraît, il ne s’agit que de ne pas faire trop de bruit. En même temps l’élu d’Avignon, M. Ledru-Rollin, introduit par un maître des cérémonies du radicalisme, fait son entrée dans l’assemblée sans que la terre ait tremblé de Paris à Versailles, sans qu’il y ait en vérité rien de changé, et un autre revenant qu’on croyait enseveli sous les ruines, M. Émile Ollivier, oui, M. Ollivier lui-même croit le moment venu de faire sa réapparition sur la scène par un coup de théâtre, par une fausse entrée à l’Académie française. Il y avait si longtemps qu’on n’avait parlé de M. Émile Ollivier, et l’Académie éprouvait un si pressant besoin de le recevoir, ne fût-ce que pour le complimenter