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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/47

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de ses périls, et qu’elle n’aurait probablement pas été plus efficace pour la monarchie de 1830; dans l’état actuel du monde et des peuples, les causes de la chute comme de l’élévation des gouvernemens sont plus profondes et plus puissantes que les expédiens et les apparences par lesquels on tente de les prévenir. J’aime mieux remercier M. Vitet des motifs qu’il donne de notre abstention, en 1830, de toute charlatanerie populaire peu digne du peuple comme du pouvoir. « Nous prîmes, dit-il, cette résolution par un sincère et courageux désir de maintenir envers et contre tous, quoi qu’il pût arriver, les droits de la liberté légale. Au lendemain d’une catastrophe, en face de passions déchaînées aussi sourdes qu’aveugles, et que la force seule semblait pouvoir dompter, c’était là une conception hardie, originale, sans exemple dans nos fastes révolutionnaires, et qui fait honneur au gouvernement de 1830. Ce qu’il a dépensé de dévoûment, d’intelligence, de généreux efforts pour ne pas tomber dans l’ornière de 1791, pour retrouver, avec l’expérience de plus, les premières traces de 1789, pour soutenir enfin cette périlleuse gageure d’une révolution jalouse du droit de tous, aimant la liberté même après la victoire, » peu de gens aujourd’hui semblent s’en douter; la France s’en souviendra un jour.

Ce fut à cette œuvre difficile que, depuis le premier jour jusqu’au dernier, s’associa M. Vitet avec une constance d’autant plus honorable qu’elle n’était suscitée par aucune ambition, aucune passion personnelle; le bien public, la confiance dans la vérité et la fidélité à ses amis, c’étaient là les seuls mobiles de sa conduite; il n’avait nul goût pour la lutte et assez peu le don naturel de la parole publique; le laisser-aller de la méditation et de la conversation libre lui convenait mieux que l’effort de la discussion, et il se plaisait bien davantage dans la contemplation du beau que dans la recherche de l’utile. C’était, pour le pouvoir, un conseiller d’un esprit admirablement juste, prévoyant, sagace, plutôt qu’un compagnon d’armes ardent et efficace. Tel fut, après la révolution de 1830, le caractère de son attitude et de son influence générale auprès du duc de Broglie, de M. Duchâtel et de moi-même, ses amis personnels en même temps que ses chefs politiques. Il fut nommé en 1834 secrétaire-général du ministère du commerce, qu’occupait M. Duchâtel, puis conseiller d’état en 1836 et vice-président de la section des finances de 1846 à 1848 ; il avait été élu dès 1834 membre de la chambre des députés par le collège de Bolbec (Seine-inférieure), qu’il y représenta jusqu’en 1848. Il s’acquitta de ces fonctions diverses avec un soin scrupuleux, toujours attentif à bien faire même ce qu’il ne faisait pas par goût, et il y réussissait toujours; mais il avait trouvé, dès les premiers jours du gouvernement de 1830, sa