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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/461

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LA QUESTION CUBAINE.

de ses colonies, l’Espagne voulut, par l’entremise de la France et de l’Angleterre, obtenir des États-Unis qu’une convention formelle, conclue entre les trois puissances, lui assurât pour toujours la possession de Cuba. Aux notes diplomatiques qui lui furent transmises à ce sujet, M. Everett, ministre d’état, répondit que la question du sort de Cuba était, selon le président, purement américaine ; pour le moment, l’incorporation de cette île aux États-Unis pouvait paraître aventureuse à cause de l’appoint qu’elle fournirait aux esclavagistes, mais elle était dans l’ordre naturel des choses… Sans doute le gouvernement américain reconnaît le droit actuel de l’Espagne sur sa colonie, il ne peut oublier pourtant que ce droit devra céder un jour à la nécessité fatale pour l’Union de posséder Cuba comme complément de son pouvoir et de son territoire, et— même comme garantie de sécurité extérieure. « Il serait aussi facile, poursuivait M. Everett, de construire une digue entre la Floride et Cuba pour contenir le courant du golfe que de vouloir fixer la destinée de cette île, à présent et pour toujours, au moyen d’un traité comme celui dont il est question. »

Après une déclaration si franche et si nette, le gouvernement des États-Unis parut rentrer dans l’expectative ; mais, s’il n’essayait pas par lui-même de provoquer un dénoûment jugé dès lors inévitable, du moins les particuliers ne se faisaient-ils aucun scrupule d’aider aux tentatives des annexionistes cubains. C’est d’un des ports de l’Union, nous l’avons vu, que sortirent les deux expéditions de Lopez. Bientôt d’ailleurs la triste issue de notre guerre du Mexique, la retraite précipitée de l’armée française, la mort de Maximilien et la chute de son éphémère empire devaient donner à la doctrine de Monroe l’importance et l’autorité d’un principe international. Lorsqu’enfin éclata la révolution cubaine de 1868, le peuple américain et le congrès lui-même ne cachèrent point pour quel parti étaient leurs vœux et leurs sympathies. La proclamation de la république à Madrid ne permit plus guère, il est vrai, d’intervenir ouvertement et d’accroître les embarras de la malheureuse Espagne. Et cependant quelle a été la conduite des États-Unis, sinon celle qu’ils reprochaient eux-mêmes aux Anglais lors de la guerre de la sécession ? Que signifie l’embargo mis sans raison valable sur les trente canonnières espagnoles, alors que dès ce moment des croiseurs sous pavillon américain allaient porter aux insurgés d’utiles secours d’hommes et de munitions ? New-York n’est-il pas le centre avoué de la propagande cubaine, le lieu d’où partent les publications, les protestations, les emprunts ? Est-ce qu’au vu et au su de tous la junte insurrectionnelle ne recrute pas des soldats ? Croit-on enfin que des expéditions comme celles du Virginius pourraient se renouveler souvent sans la tolérance tacite du gouverne-