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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/46

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« Au lendemain de la catastrophe, que devaient faire les fermes esprits respectueux envers le malheur, mais fidèles, avant tout, aux institutions libres qu’ils convoitaient pour leur pays? Ce n’était plus le temps des paisibles études, des controverses spéculatives, des théories philosophiques; l’esprit de révolution, ivre de sa victoire, ne se contentait pas d’avoir vengé la charte, il voulait la détruire; les idées constitutionnelles, les libertés publiques greffées sur la monarchie lui étaient odieuses non moins que la royauté même, et il entendait bien s’en délivrer du même coup. Le devoir était donc, pour les libéraux éclairés, de rompre avec cet esprit et de grossir les rangs de ceux que la société appelait à sa défense, et qui, pour s’abriter, venaient d’improviser une royauté nouvelle. Sans doute il eût mieux valu qu’un compromis fût possible, qu’on pût laisser intact le droit héréditaire, le fondement traditionnel du pouvoir, et n’imposer au dévoûment du prince appelé à gouverner qu’une charge temporaire, une simple régence ; mais cet expédient, facile en apparence quand on y pense après coup, n’était, au moment même, qu’une pure utopie. Il faut n’avoir pas vu ces terribles journées, il faut ne pas savoir combien la France, dès que son sort est en jeu, est incapable de se donner le temps de réfléchir et de laisser en suspens, seulement pendant douze heures, sa confiance et son espoir, pour supposer que l’établissement d’une régence royale, c’est-à-dire le rétablissement du principe qui venait d’être vaincu, pût être seulement tenté au lendemain des trois journées de juillet 1830... Il n’y avait de possible qu’une résolution soudaine, une situation tranchée, une responsabilité complète, irrévocable. Et ce n’était pas l’ambition d’un homme, c’était le sentiment de la conservation surexcité chez tout un peuple qui se refusait aux demi-mesures et aux atermoiemens. Aussi, tant que la sécurité, à peu près rétablie, n’eut pas comme effacé le souvenir du péril social, ce fut à qui remercierait M. le duc d’Orléans de s’être résigné au rôle ingrat qu’il avait dû subir. Le Moniteur est là pour témoigner de ces adhésions qui aujourd’hui nous étonnent, et certaines paroles prononcées devant la chambre des pairs de 1830 par les plus honorables et les plus dévoués royalistes démontrent à quel point la royauté nouvelle était l’œuvre de tous et l’œuvre nécessaire. »

Après cette judicieuse et légitime appréciation de l’état des esprits et des faits en 1830, M. Vitet a relevé en 1870, dans la Revue des Deux Mondes, une question bien souvent posée; il s’est demandé si la monarchie de 1830 n’aurait pas dû se faire accepter et consacrer (je ne veux pas dire sacrer) par le suffrage populaire universel, comme le fit en 1851 le second empire. Je pourrais me contenter de dire que cette consécration n’a pas sauvé le second empire