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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/425

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Les Mogols, qui jouèrent un rôle considérable en Asie pendant les siècles suivans, étaient restés jusqu’alors fort inconnus du monde occidental. Leur humeur belliqueuse s’était manifestée aux dépens de la Chine et du Turkestan oriental bien avant que les pays musulmans n’en eussent à souffrir. Gengis-Khan fut sans contredit un. homme de génie, bon général et législateur en même temps. Avant de s’abattre sur les provinces de la Transoxiane, il avait eu le talent de réunir sous son sceptre de nombreuses tribus errantes auxquelles il avait imposé un même code ; aussi, quand il se mit en campagne vers l’occident, conduisait-il une armée de 600,000 hommes, dit-on. Les historiens musulmans, que l’on ne doit pas s’attendre à trouver impartiaux, parlent des Mogols comme Tacite des Germains : c’est un peuple sauvage, belliqueux, qui ne connaît que de grossiers plaisirs et mit aveuglément ses chefs à la bataille. En réalité, si les riverains de l’Oxus et du Yaxartes furent incapables de résister à cette avalanche de barbares, c’est que la population iranienne était efféminée, et que les Turcs, seuls capables de se défendre avec succès, aimèrent mieux se joindre au vainqueur afin de partager le butin avec lui. Les résultats de l’invasion furent terribles; Bokhara fut réduite en cendres, Samarcande fut rasée jusqu’au sol. Pendant des années, la Transoxiane fut ravagée par des bandes innombrables qui, après l’avoir ruinée, se jetèrent sur la Perse et sur l’Inde. Les paysans étaient enrôlés de force dans les armées mogoles, les artisans des villes étaient emmenés captifs par milliers dans les provinces de l’extrême Orient, où Gengis-Khan voulait transporter l’industrie des pays musulmans. Les tribus turques, qui depuis des siècles n’avaient cessé de franchir le Yaxartes, avaient fait bien du mal aux campagnes; la population urbaine n’en avait été que médiocrement victime, par quoi elles n’avaient guère nui à la civilisation. Ce nouveau conquérant, en détruisant de grandes capitales comme Bokhara et Samarcande, anéantit la vie intellectuelle. Sans doute ces villes se relevèrent plus tard; Gengis-Khan et ses fils, fort indifférens en matière religieuse, couvrant d’une égale protection les bouddhistes, les musulmans et les chrétiens, laissèrent les mosquées se rebâtir et les collèges se rouvrir; mais les Iraniens avaient tant souffert que leur nombre était bien diminué. L’élément tartare avait pris le dessus. Une théologie superstitieuse fut seule enseignée dans les nouvelles écoles de la Transoxiane; la poésie en avait disparu. Si les émirs mogols tombèrent sous la domination de, mollahs fanatiques, ni le peuple ni la religion n’en profitèrent.

De la mort de Gengis-Khan (1226) à l’avènement de Timour (1463), pendant un siècle et demi, les annales de la Transoxiane ne contiennent plus qu’une série monotone d’insurrections et de guerres