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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/42

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acteurs, le peuple comme les rois, les petits comme les grands, les faubourgs comme la cour, les fanatiques comme les esprits libres, les intrigans et les badauds. « Je me suis imaginé, dit-il, que je me promenais dans Paris au mois de mai 1588, que j’entrais tour à tour dans les salons du Louvre, dans ceux de l’hôtel de Guise, dans les cabarets, dans les églises, dans les logis des bourgeois ligueurs, politiques ou huguenots, et chaque fois qu’une scène pittoresque, un tableau de mœurs, un trait de caractère sont venus s’offrir à mes yeux, j’ai essayé d’en reproduire l’image en esquissant une scène... Toutefois ces scènes ne sont pas détachées les unes des autres, elles forment un tout, il y a une action au développement de laquelle elles concourent; mais cette action n’est là en quelque sorte que pour les faire naître et leur servir de lien... L’art intervient dans ces essais, il lui est permis d’arranger, de façonner un peu les hommes et les choses; mais c’est pour leur donner l’air encore plus historique : c’est l’histoire seule qui domine et qui brille, c’est à elle que tout est sacrifié. »

Il s’aperçut bientôt que les scènes des Barricades n’avaient pas été un fait isolé, et que, pour être bien comprises, elles ne devaient pas rester isolées; il fallait montrer les scènes qui les avaient amenées et celles qu’elles avaient suscitées. Il commença par les dernières; il mit en drame l’assassinat du duc Henri de Guise aux états de Blois en 1588, vengeance des barricades, puis l’assassinat d’Henri III par Jacques Clément en 1589, vengeance de celui du duc de Guise; mais à ces événemens manquait encore leur source, la formation et les premiers pas de la ligue. Vingt ans après seulement, en 1849, M. Vitet sentit la lacune et le besoin de la remplir; il écrivit et publia alors dans la Revue des Deux Mondes les scènes des États d’Orléans en 1560 <ref> Voyez les livraisons des 15 avril, 1er et 15 mai 1849. </<ref>, sous le court règne de François II, berceau de la domination de Catherine de Médicis, de la ligue, de la Saint-Barthélémy et des guerres de religion auxquelles Henri IV fut seul capable de mettre un terme en payant de sa vie la paix rendue à son pays. L’œuvre dramatiquement historique de M. Vitet fut alors complète, et le genre nouveau qu’il avait créé fut mis dans son ensemble sous les yeux du public.

Le succès fut grand et légitime. Une portion considérable de la nation française, sa démocratie, prenait enfin dans son histoire une place que depuis des siècles elle travaillait péniblement à conquérir. La conquête avait été lente et douloureuse ; l’histoire n’en avait pas marqué tous les pas et toutes les peines; au XVIe siècle, elle apparut à peu près accomplie à travers les souffrances et les efforts