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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/418

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de lord Mayo à Umballah, Yakoub resta dans les montagnes comme lieutenant du royaume; Abdoulah fut présenté au vice-roi comme l’héritier présomptif. Yakoub n’eut plus de grand commandement. Shire-Ali, violent par caractère envers tous ses serviteurs, sans doute ne ménagea pas davantage son fils. Celui-ci se mit en campagne, au mois de septembre 1870, avec ses plus fidèles adhérens, leva des contributions sur les paysans, réunit des déserteurs, toujours nombreux dans ce malheureux pays, et finalement, avec la connivence des autorités persanes, qui lui donnèrent libre passage sur leur territoire, il s’empara de Hérat, où il s’était fait précédemment beaucoup de partisans.

C’était une révolte d’autant plus dangereuse pour l’émir que le chef des insurgés lui touchait de très près, outre qu’il était réputé le plus habile homme du royaume. Shire-Ali fit marcher ses troupes contre Hérat. Au moment où les deux armées allaient en venir aux mains, un brusque dénoûment que l’on n’attendait guère mit fin à l’affaire. Lord Mayo s’était entremis dans un esprit de conciliation. Yakoub laissa entendre qu’il était disposé à se soumettre. Tout à coup il part de Hérat, arrive à Caboul et se réconcilie avec son père. Depuis lors il se tient à l’écart, dit-on, et refuse même d’accepter aucun commandement. Est-ce repentir ou dissimulation? Personne ne saurait le dire. Ce n’est pas en ce pays qu’il faut chercher des hommes francs d’allures et fidèles à leur serment.


M. Vambéry a raison de dire que Dost-Mohamed fut le véritable fondateur de l’Afghanistan, car lui seul sut donner à cette vaillante nation quelque unité politique. Le règne de son successeur se prolongera-t-il assez longtemps, et sera-t-il assez calme pour que le pouvoir se transmette sans trouble après sa mort? On le croirait volontiers, si ce redoutable Yakoub était le successeur désigné; mais Shire-Ali manifeste plus que jamais ses préférences en faveur de son jeune fils Abdoulah. Ce petit prince, élevé dans le harem, n’a fait preuve jusqu’ici ni de sagesse ni d’énergie. Que l’émir vienne à succomber, Yakoub ne résistera pas sans doute à la tentation; un autre prétendant, Abdoulrahman, fils d’Afzul, aujourd’hui réfugié dans Bokhara, peut retrouver des partisans. Le vice-roi de l’Inde anglaise, dominé par la crainte de faire sentir aux Afghans l’influence d’une intervention étrangère, reprendra la politique hésitante de sir John Lawrence, et ces montagnes seront encore désolées par la guerre civile, tandis que le shah de Perse et le khan de Bokhara, s’ils sont quelque peu entreprenans ou poussés par la Russie, s’efforceront de reprendre l’un Hérat et l’autre la rive gauche de l’Oxus. Cela étant, la ligne de défense des possessions britanniques sera de nouveau menacée.

Et maintenant on peut déjà juger quelles difficultés doit rencon-