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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/409

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Le plan de bataille avait été délibéré, arrêté : c’était l’assaut définitif de la grande partie de la Ire et de la IIe armée sur les forces françaises qu’on avait rencontrées l’avant-veille. Vers onze heures, l’attaque engagée par le IXe corps prussien se prononçait sur le centre de nos positions pour s’étendre bientôt sur les deux ailes par l’entrée en action successive de toutes les forces de l’ennemi. C’était une ligne tout en feu de plus de 12 kilomètres. Par une fatalité qui commençait malheureusement à n’avoir rien de nouveau, cette attaque n’était pas prévue ; elle était si peu prévue que les états-majors des divers corps s’occupaient en ce moment de choisir un peu plus en arrière encore des positions nouvelles où le maréchal avait l’intention d’établir l’armée le lendemain. Par un contre-temps de plus, le commandant en chef ne paraissait pas de la journée sur le champ de bataille ; il était à plus de deux lieues vers Plappeville, d’où il ne pouvait juger la gravité des événemens. Qu’en résultait-il ? Les chefs de corps restaient livrés à eux-mêmes, ne voyant nécessairement que ce qui se passait devant eux. Les ordres se croisaient, n’arrivaient pas ou n’arrivaient que lentement, lorsque la situation avait déjà changé !

Malgré tout, cette bataille, plus grande et plus sanglante encore que celle du 16, était certes intrépidement soutenue par l’armée française sur tous les points. Le 2e et le 3e corps, assaillis vers midi, recevaient sans faiblir les assauts du VIIe et du VIIIe corps prussiens, renouvelés avec une inutile opiniâtreté, et même à un certain moment le vieux Steinmetz, entraîné par sa témérité, exposait à un véritable désastre une partie de ses troupes qu’une division de Frossard et une division du maréchal Lebœuf accablaient de leurs feux. Le général de Ladmirault, attaqué le premier, se maintenait énergiquement de son côté, sans laisser avancer l’ennemi, gagnant même par instans du terrain. En réalité, malgré la violence croissante de la lutte sur tous ces points, le plus fort de la bataille portait sur la droite, sur le maréchal Canrobert, qui, placé à Saint-Privat, recevait l’attaque du Xe corps, du XIIe corps saxon et de la garde, appuyés par une formidable artillerie de 240 pièces. Le maréchal avait avec lui ses trois divisions, diminuées de ce qu’elles avaient perdu l’avant-veille, et 66 canons contre les 240 que l’ennemi lui opposait. Il avait tout à la fois à faire face aux assauts de front et à un mouvement du corps saxon, qui tendait à le déborder par Auboué et Pioncourt.

Pendant ces terribles heures, Canrobert se battait avec la plus entraînante vigueur, se tenant au milieu du feu, encourageant ses soldats avec une familiarité héroïque. Déjà les Prussiens avaient eu la plus grande peine à enlever vers quatre heures le village de Sainte-Marie-aux-Chênes, défendu par le 94e de ligne ; ils avaient