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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/404

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difficile vers Vionville. La division Bataille, dont le chef était blessé, commençait à plier, et la division Vergé cédait à son tour sous un feu effroyable, non sans avoir eu, elle aussi, un de ses chefs, le général Valazé, hors de combat. A ce moment, le maréchal Bazaine, arrivant sur le terrain au milieu des troupes du 2e corps, jetait un régiment de lanciers et les cuirassiers de la garde sur l’ennemi. Ces vaillans soldats, conduits par le général du Preuil, se précipitaient, arrivaient jusque sur les batteries allemandes, sabraient les canonniers ; mais ils se voyaient bientôt repoussés, après avoir essuyé les pertes les plus graves ; ils se repliaient, poursuivis par les hussards prussiens de Brunswick, qui s’avançaient un instant sur nos lignes et menaçaient d’envelopper le maréchal Bazaine lui-même, qui était obligé de mettre l’épée à la main. Ce n’était qu’une échauffourée. Le maréchal, voyant les deux divisions du corps de Frossard trop éprouvées pour rester en première ligne, venait d’appeler la division des grenadiers de la garde, accourue aussitôt pour rétablir le combat que la brigade Lapasset, de son côté, n’avait cessé de soutenir sans se laisser ébranler. Il était plus de midi ; rien n’était compromis. Le 2e corps avait été ramené en arrière de Bezonville et restait chargé de surveiller, avec les voltigeurs de la garde, le vallon d’Ars, le bois des Ognons, par où l’ennemi pouvait essayer d’arriver sur nos lignes. Les grenadiers de la garde du général Picard, placés en avant, opposaient la plus ferme contenance sans perdre de terrain. On gardait ses positions.

En même temps, le maréchal Canrobert, qui s’étendait sur la droite de Bezonville avec les divisions Lafond de Villiers et Tixier, ayant en réserve la division Levassor-Sorval, avait été assailli à son tour et ne s’était pas laissé entamer. Il avait affaire au Xe corps prussien. A la formidable artillerie qui tonnait sur lui et qui faisait éprouver à la division Lafond de Villiers les pertes les plus sérieuses, il ne pouvait opposer qu’une artillerie bien moins forte ; mais les batteries du 6e corps avaient été assez bien placées pour contenir et déjouer tous les mouvemens prussiens. L’ennemi essayait vainement de renouveler ses assauts, il souffrait cruellement à son tour, il ne pouvait ni prendre pied à Vionville ni dépasser la route de Verdun, lorsque tout à coup il tentait une charge à fond sur cette artillerie gênante et meurtrière. Le général de Bredow, avec ses cuirassiers, — ceux qu’on appelait les cuirassiers de M. de Bismarck, — et ses uhlans, se précipitait sur les batteries françaises, sur notre infanterie, sabrant les servans de nos pièces, traversant nos lignes. Au moment où ces cavaliers, épuisés de cet effort, remontent la pente d’un ravin, le général de Forton, placé à peu de distance, les aperçoit, se jette sur leur flanc avec ses dragons et ses cuirassiers, les charge avec la dernière vigueur et les détruit presque