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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/376

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rable, qu’il faut attribuer les ravages que les maladies des voies respiratoires exercent sur notre population, à laquelle en 1872 elles ont enlevé 14,987 individus, dont 7,436 ont succombé à la phthisie pulmonaire? Les autres affections semblent indulgentes à côté de celles-ci, et quoiqu’il y ait 1,966 cas de méningite et 2,131 apoplexies sanguines, 2,018 entérites, on peut affirmer que la poitrine et tout ce qu’elle contient est le côté faible de l’habitant de Paris. Le bon résultat des gestations doit être souvent compromis, car les registres ont eu à tenir compte de 4,443 enfans mort-nés. Dans cette ville, où toutes les déceptions succèdent à toutes les espérances, les âmes sont assez bien trempées et résistent avant de sombrer tout à fait. Je ne compte que 577 suicides, ce qui est bien peu lorsque l’on réfléchit au nombre d’aliénés qui se promènent dans nos rues et à la quantité prodigieuse de projets avortés que chaque heure du jour anéantit. A voir que l’on n’a constaté que dix décès par suite de meurtre, dans tout le cours d’une année, on croirait volontiers que notre population est un modèle de douceur : on ne se tromperait guère; lorsqu’elle n’est pas grisée par de la rhétorique et du vin frelaté, elle est de composition fort débonnaire ; les voleurs et les filous pullulent à Paris, les assassins y sont rares.

Les deux époques favorites de la mortalité, à Paris et ailleurs, c’est le printemps et l’automne; à ce moment de l’année où la nature tressaille, la mort semble s’éveiller chez certains malades, tandis que la vie s’endort chez certains autres lorsque la création se prépare au repos de l’hibernage; les mois de mars et d’avril, de septembre et d’octobre dépassent quelque peu les autres moyennes mensuelles; juin au contraire, le mois de la lumière et de la chaleur, apporte avec lui les effluves d’existence qui diminuent les chances mauvaises et rendent les décès moins nombreux. Les premières années de la vie sont dures à passer, de un an à trois ans la proportion de la mortalité est considérable, 3,755 décès; lorsqu’on a franchi heureusement l’adolescence et la jeunesse, il faut doubler un âge assez difficile, qui va de vingt-huit à trente-deux ans; jusqu’à cinquante-trois ans, la moyenne varie entre 318 et 470, puis elle s’abaisse progressivement, les extinctions se font petit à petit, mais d’une façon invincible. Au-dessous de quatre-vingt-six ans, il n’y a plus que deux chiffres à la colonne; après quatre-vingt-onze, il n’en reste plus qu’un; on trouve encore un centenaire; après cent ans, on voit un zéro.

A quelque âge, de quelque maladie que l’on meure, l’état civil apparaît avec ses registres; il a noté la naissance, il a relaté le mariage; pour achever son œuvre, il lui reste à constater le décès. Lorsqu’une créature humaine a passé de vie à trépas, on doit venir dans