Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/375

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


leur subsistance créait une difficulté considérable et abrégeait le temps possible de la résistance, ils ont voulu souffrir avec ceux qu’ils aimaient, ne point avoir l’air de déserter à l’heure du péril; peut-être avaient-ils rêvé quelque grande tentative héroïque qui nous délivrerait. Quoi qu’il en soit du mobile spécial qui les a déterminés, ils sont restés, et ont en partie succombé aux misères qui les ont accablés.

En reprenant les conditions de vie auxquelles il est accoutumé, Paris a fait retour vers sa mortalité ordinaire : nous avons donné le chiffre de 1872, année favorable qui n’a vu ni guerre, ni insurrection, ni épidémie. Les décès se répartissent dans des proportions presque mathématiques, selon la population de nos vingt arrondissemens; les plus peuplés sont naturellement les plus éprouvés, et ce sont ceux aussi dans lesquels les lois de l’hygiène sont le moins observées. A Paris en effet, dans cette ville qui paraît immense au premier coup d’œil, ce qui manque c’est l’espace : jamais ruche, jamais fourmilière ne vit agglomération pareille; le kilomètre carré, villes et campagnes, qui en France ne renferme que 70 habitans, en contient, en comprime 23,400 à Paris. C’est là une moyenne obtenue par le rapport qui existe entre la population et la superficie; mais dans certains arrondissemens cette moyenne est singulièrement renversée : le IIe (la Bourse) a 82,200, le IIIe (le Temple) 79,900, le IVe (l’Hôtel de Ville) 63,000 individus par kilomètre carré. La vie a-t-elle toute facilité de se développer, de s’affirmer, de se prolonger dans de semblables conditions d’entassement? Il est permis d’en douter. On a fait quelques efforts pour purifier ces quartiers populeux, pour y ouvrir des squares, y planter des arbres, y amener de l’eau vive, mais il reste encore bien des améliorations à tenter avant d’avoir donné à certains quartiers la part d’air et de soleil qui leur est due. L’espèce de jardin prétentieux sous lequel on a caché les anciennes buttes Chaumont peut étonner les amateurs de curiosités aussi médiocres que dispendieuses, cela vaut mieux sans contredit que les collines lépreuses que l’on voyait autrefois; mais au lieu d’improviser tant de verdure égayée de souvenirs archéologiques au milieu d’un arrondissement où d’énormes voies de communication et de très nombreux terrains vagues laissent facilement circuler un air toujours renouvelé, n’était-il pas plus humain d’installer un jardinet quelconque, un lieu de repos pour les femmes et les enfans dans le IIe arrondissement, qui est le plus encombré, le plus laborieux, le plus chargé d’impôts de Paris?

Est-ce à cet entassement dans des ruelles malsaines, dans des maisons où les logemens sont loin d’avoir toute la salubrité dési-