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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/352

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nais approuvent l’orateur et estiment qu’il sera bon de se hâter. Le 19 mai, la question portée à la tribune est ajournée; elle y revient le 27 août, et l’on vote que « le pouvoir législatif établira pour tous les citoyens sans distinction le mode par lequel les naissances, mariages et décès seront constatés, et désignera les officiers publics qui en recevront et conserveront les actes. » Les discussions des lois les plus importantes étaient déjà fort lentes à cette époque, et l’on devait attendre plus d’une année avant de voir résoudre ce facile problème.

L’initiative pratique de la réforme ne vint ni de Paris ni de l’assemblée : ce fut la ville de Privas qui paya d’audace et donna l’exemple; Boissy-d’Anglas, procureur-général-syndic du directoire du département de l’Ardèche, arrête le 2 novembre 1791 « que l’assemblée nationale sera suppliée de porter une loi qui prescrive les formes civiles nécessaires pour constater la naissance et le décès des citoyens, » et il ordonne « qu’en attendant les municipalités du département tiendront un registre où elles constateront l’époque de la naissance des enfans dont elles sauront que l’enregistrement sur les registres curiaux aura été différé. » Les considérans de l’arrêté de Boissy-d’Anglas prouvent que le nombre des baptêmes clandestins tend à constituer une sorte de péril social. L’assemblée ne désapprouva pas le directoire du département de l’Ardèche, mais elle ne hâta point ses travaux. La discussion continue le 15 février 1792, et le 17 mars on fait un effort pour obtenir un ajournement indéfini de la question ; François de Neufchâteau est très affirmatif : « J’ose dire que la France ne supportera pas en ce moment une innovation qui paraîtrait toucher aux dogmes religieux; quoique nous soyons dans le siècle de la philosophie, le peuple n’est pas encore philosophe. » L’assemblée fut plus sage que le futur ministre. Elle comprit que l’état civil et les dogmes religieux n’avaient aucun point de contact, et elle rejeta la motion « comme injurieuse au peuple français. » Le 18 juin, on revient à l’élaboration de cette loi, qu’on semblait hésiter à formuler. Pastoret avait parlé avec beaucoup de sagesse en faveur des municipalités, lorsque Gohier, le même qui fut un des chefs du directoire au 18 brumaire, fit un discours digne de ne point être oublié, car il prouve à quel degré d’aberration l’influence des milieux peut entraîner les esprits les plus calmes. La simple transcription des actes de la vie civile semble à l’orateur manquer de dignité, il veut un peu plus de cérémonie; on constatera la naissance en déposant l’enfant sur l’autel de la patrie, et les parens s’engageront pour le nouveau-né « à vivre libre ou mourir. » Pour les mariages, la formule est la même : «Que les deux époux, dans ce moment intéressant, annoncent eux-mêmes que les plus doux sentimens; de la nature ne: Leur, font point oubliée