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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/349

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« M. de Saint-Paul (le curé) me commanda d’aller dîner avec lui, où de sa grâce je fis bonne chère : ''vivat ad multos amios ! » Le lendemain, la bonne chère avait porté fruit, car, — je demande pardon au lecteur de cette citation, — il écrit : « Je pris un lavement pour apaiser une colique. »

Les faits inscrits à la date où ils se sont produits ne sont pas tous de si triviale nature, et parfois ils offrent quelque importance historique, car ils peignent nettement l’état des esprits en présence d’événemens considérables; sur le registre de Saint-André-des-Arts, à la suite d’un acte de baptême du 23 décembre 1588, on lit : « En ce même jour du samedi 24 décembre 1588 est venu un courrier de la ville de Blois qui a apporté nouvelle que M. le duc de Guise avoit été tué et massacré le vendredi précédent au cabinet du roi, lui estant présent, lequel sieur estoit allé à son service à l’assemblée des états, faict trop exécrable et qui ne demeurera pas impuni. Anima ejus reqidescat in pace, amen ! Et encore non content, comme estant possédé du diable, comme il est vraisemblable, a depuys faict massacrer M. le cardinal de Guise et non pour autre cause sinon qu’ilz s’oposoient aux entreprises du Biarnoys qui se dict roy de Navarre, hérétique, excommunié, que le dit roy, jadis roy de France, nommé Henry de Valoys, vouloit instaler après lui à la couronne de France contre la volonté de notre saint-père le pape, Sixte cinquième, quy l’en avoit jugé indigne par sa mauldite hérésie et pour avoir été relaps. » Après avoir constaté un mariage célébré le 31 juillet 1589, le prêtre raconte l’assassinat de Henri III « estant à Saint-Cloud... ayant juré la mort de toutes sortes de gens de bien, permestant seulement de sauver les hérétiques et leurs adhérens, pour puys après ruiner l’église et notre Seigneur et planter l’hérésie au beau milieu de la France. » Il nomme Jacques Clément « religieux de l’ordre des Jacobins, » et il écrit : Anima illius requiescat in pace.

Le plus ancien registre d’état civil appartenant à Paris est celui de la petite paroisse de Saint-Jean-en-Grève : il remonte à 1515, il ne relève que les mariages. En 1525, on trouve un registre de baptêmes à Saint-André-des-Arts et à Saint-Jacques la Boucherie; en 1527, les décès sont inscrits à Saint-Josse et à Saint-Landry. Les actes que l’on rappelait sur ces cahiers ne ressemblent en rien à ceux que les employés de nos mairies libellent aujourd’hui avec tant de précautions ; l’orthographe des noms était rarement respectée, bien souvent même ceux-ci étaient omis : « le 29 août 1574 furent baptisées deux filles gemelles et de la même ventrée. » (Saint-André-des-Arts.) Pour les enfans ou les domestiques, on ne prend pas grand’peine : « J’ai inhumé l’enfant de M... » (Saint-Paul, 1640); « a été inhumé le domestique de M... » (Saint-Eustache, 1657). Sur