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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/340

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été publié pour la première fois un temple entier, et l’auteur a pris comme départ de ce grand travail synthétique du panthéon égyptien le temple de Dendérah. Nous nous arrêterons seulement à la conclusion qui termine son cinquième volume, encore inédit. Cette conclusion résume toutes les explications tirées des textes, nous divulgue le dogme fondamental de l’Egypte, et l’on peut ajouter le dernier mot de cette civilisation et de ce pays, où la politique, les lois, les arts et les mœurs étaient subordonnés à la religion.

Le temple de Dendérah s’élève en un lieu que les traditions faisaient considérer comme sacré : c’était là qu’Isis était née sous la figure d’une femme. L’édifice doit donc son existence à Isis, et cependant Hathor en est la déesse éponyme. C’est que, dans son rôle de divinité naissante, Hathor prenait le nom d’Isis; mais en somme c’était bien elle qui était née à Dendérah sous la figure d’Isis.

Ptolémée XI a construit et non fondé le temple tel que nous le voyons aujourd’hui. Le pronaos n’a été achevé que sous l’empereur Tibère; mais l’édifice n’appartient aux bas temps que par sa construction matérielle. Il a certainement été édifié, distribué et décoré d’après un plan et un système antérieurs, et celui que nous voyons a simplement remplacé un monument beaucoup plus ancien, comme une copie peut remplacer un original. Or l’édifice religieux auquel il succédait avait indubitablement précédé l’âge des grandes pyramides; on en a la preuve. Il ne pouvait exister sans Hathor, et Hathor elle-même ne peut se concevoir sans le dogme fondamental qu’elle personnifie. Donc ce dogme, avec le culte qui en est l’expression, remonte aux plus anciens temps de l’Egypte; il doit dater de six mille ans environ, pour ne prendre que le calcul le plus modéré. Le jour où le culte d’Hathor s’est établi, cette déesse, dit Mariette, a dû représenter le type de l’harmonie générale de la nature, qui assure au monde sa grandeur et sa durée. Le temple n’était pas seulement sa résidence; « l’âme d’Hathor, » sous la forme mystique d’un épervier à tête humaine, était présente dans ses images, et les autres représentations des dieux étaient de même « hantées » par ces dieux. On croyait fermement à la présence réelle de la divinité dans son temple. Tout d’ailleurs en était non-seulement sacré, mais divin : le plan, l’ordonnance et la décoration. Le dieu Chnouphis en avait posé les limites et élevé les murs; Phtah, l’intelligence supérieure, avait présidé à l’exécution des détails; enfin l’habitation terrestre d’Hathor était l’image sensible de sa demeure céleste. Le roi fondateur est l’ouvrier qui exécute d’après l’inspiration divine. Il inaugure l’édifice, y introduit le mobilier, consacre les objets liturgiques; c’est lui qui règle les apprêts et les cérémonies du culte, prescrit les fêtes et en fixe la date.

Les tableaux sculptés et peints sur les murs, avec les longs textes