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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/330

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pis était la plus belle image d’Osiris; Diodore rapporte que le culte d’Apis s’explique par la tradition « que l’âme d’Osiris avait passé dans un taureau, et que depuis lors elle se manifestait aux hommes sous cette forme. » De nombreux textes hiéroglyphiques peuvent, sur ce point, servir de preuves justificatives aux passages cités des écrivains classiques : un de ces textes proclame « qu’Apis est Osiris résidant dans l’Amenti (le paradis). » Apis y est toujours identifié à Osiris; bien plus, c’est Osiris fait chair, Apis est l’incarnation d’Osiris. Les auteurs anciens nous fournissent déjà d’importans éclaircissemens sur le mystère de cette incarnation. Le premier en date, Hérodote, s’exprime ainsi (III, 28) : « Apis ou Epaphos est enfanté par une génisse qui ne doit pas porter dans son sein un autre fruit; les Égyptiens disent qu’un éclair descend du ciel sur cette génisse et qu’alors elle donne naissance à Apis. » Pomponius Mêla est plus explicite encore sur le point capital de l’enfantement, qu’il distingue de l’engendrement : « Apis n’est pas le produit du taureau et de la génisse, mais il est conçu d’une façon divine par le feu céleste. » D’après le livre de Isidi et Osiridi, « Apis est conçu lorsque la flamme fécondante tombe de la lune sur la génisse. » Plutarque dit « qu’Apis est enfanté par le contact de la lune. » Les textes hiéroglyphiques donnent un sens plus précis à ces traditions en faisant intervenir Phtah dans l’accomplissement du mystère de l’incarnation divine. Phtah est la force éternelle, antérieure à toute création, c’est la règle du monde, c’est l’esprit et le souffle de Dieu. D’autre part, Osiris est le dieu bon, le principe du bien, il personnifie le triomphe de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres. Si Apis est nommé dans les textes sacrés « l’incarnation d’Osiris, » il est aussi appelé « la seconde vie de Phtah, le revivifié de Phtah; » sur une table à libations du Sérapéum, il est « le souffle vivant de Phtah, » enfin, sur un grand nombre de monumens, « le fils de Phtah. » En rapprochant ces divers documens, on arrive à la solution suivante : Apis est l’incarnation d’Osiris, le dieu du bien par excellence, il est enfanté, et non créé, par une génisse qui est déesse et qui devient mère sans cesser d’être vierge. La conception se fait par le souffle de Phtah, dieu incréé comme Osiris. Apis est dieu, Osiris est dieu, Phtah est dieu; ce sont trois dieux en un seul, ou plutôt trois manifestations de la divinité. Pourtant l’incarnation n’est pas une simple manifestation; Dieu descend sur la terre sous l’humble forme du taureau, il vit parmi les hommes; il mourra parmi eux de mort violente à un âge marqué d’avance par les légendes d’Osiris. Après sa mort, il ressuscite et retourne dans le sein de Dieu sous le nom de Sérapis; il s’identifie plus étroitement à la substance divine d’Osiris, qui est, dans les régions infernales, le protecteur et le sauveur des hommes, absorbés eux-mêmes, après