Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/247

Cette page n’a pas encore été corrigée


Bébée s’élança hors de son lit au point du jour. Elle avait seize ans ! Il lui semblait merveilleux d’être déjà une femme ; le coq qui saluait le soleil sous sa fenêtre ne criait-il pas : « Que tu es vieille, que tu es vieille ! » avec tout l’éclat d’un clairon ? Elle poussa le volet et lui dit bonjour en riant, contente d’être éveillée par lui et de penser que personne ne l’appellerait plus un enfant. Son chevreau bêlait sous le hangar, une grive pépiait dans le feuillage du sycomore, les cloches des nombreux clochers de la ville tintaient rêveuses, assourdies par la distance et par les brumes du matin ; tout cela répétait la même chose : « qu’il est bon d’avoir seize ans ! » On eût pu croire qu’en vivant parmi les fleurs Bébée était arrivée à leur ressembler. Elle portait de petits sabots, un petit bonnet et une cotte grise de serge l’hiver, de toile en été ; mais les petits pieds nichés dans les sabots étaient deux feuilles de rose, mais le bonnet avait la blancheur d’un lis, et la jupe grise faisait penser à l’écorce qu’entr’ouvre la fleur du pommier pour sourire rougissante au soleil. Les fleurs avaient été les marraines de Bébée, des marraines fées. Le tournesol avait prêté à sa chevelure l’or de ses rayons, le bleu pur du lupin avait passé dans ses yeux, toute sa personne était pénétrée d’un parfum aussi frais, aussi naïf que celui du tilleul, et les vents, les pluies, les ardeurs du soleil, n’avaient eu d’autre effet que de fortifier la souplesse de ses membres, de réchauffer la blancheur de son teint.

Un jour d’été, Antoine Maës, bon vieillard qui, pour vivre, cultivait son jardinet, dont les fleurs se vendaient en ville, avait aperçu un paquet flottant parmi les nénufars sur la pièce d’eau voisine de sa cabane, l’avait amené au rivage, et en avait tiré un petit en-