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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/244

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plus parfaites qui nous restent da plus grand art qui ait existé, pures de toute addition étrangère, n’acquerront-ils pas de cet art un sentiment plus distinct, une intelligence plus pénétrante? Et ne peut-on espérer que leurs ouvrages s’en ressentiront? Souvent la vue d’un seul chef-d’œuvre a éveillé des génies, changé le goût d’une époque; que n’est-on pas en droit d’attendre de l’influence qu’exercerait sur nos sculpteurs et nos peintres une collection dans laquelle seraient rapprochés des chefs-d’œuvre en grand nombre, où se montrerait sous tous les aspects possibles la plus haute et la plus parfaite beauté !

On ne s’en tiendrait pas du reste à l’art grec. Le moyen âge, la renaissance, les temps modernes, ont produit des ouvrages qui ne sont pas indignes d’être placés à la suite et quelquefois même à côté de ceux de l’antiquité. Ils auraient leur place dans le musée des plâtres. Enfin il serait particulièrement utile, en même temps que glorieux pour notre art national, de voir rassemblées dans une section spéciale les reproductions de ce qui a été fait chez nous de plus excellent depuis le XIIIe siècle, où nos sculpteurs, comme nos architectes, se sont élevés si haut, jusqu’à notre temps, où ne les surpassent, non plus que nos peintres, les artistes d’aucun autre pays. Ce serait assurément une collection faite pour stimuler et vivifier le génie national, que celle où l’on trouverait réunis avec les chefs-d’œuvre qui ornent nos cathédrales de Chartres, d’Amiens, de Reims, de Rouen, de Bourges, ou les églises de Brou et de Saint-Bertrand-de-Comminges, les plus beaux produits, disséminés à Paris, à Rouen, à Anet, à Saint-Cyr, à Gênes, etc., du ciseau des Jean Goujon, des Germain Pilon et des Puget.

Il y a des musées de plâtres plus ou moins considérables, plus ou moins bien composés et ordonnés, à Londres, à Berlin, à Dresde, à Bonn, à Zurich; il s’en forme à Moscou, à Christiania : à Paris, où les choses de l’art ont tant d’importance, l’idée même d’un musée de ce genre a peine aujourd’hui à se faire admettre. On avait compris autrefois, parmi nous, l’intérêt qu’il y a à former à côté d’un musée de sculptures un musée de plâtres. Le Primatice, chargé par François Ier de lui acheter des antiques à Rome, fit mouler en même temps, pour les lui rapporter, les beaux morceaux qu’il ne pouvait acquérir; il en coula même en bronze les principaux. Les bronzes du Primatice, après avoir décoré successivement les jardins de Fontainebleau, de Versailles et des Tuileries, vont être placés dans le vestibule du musée des antiques. Le Poussin, sous Louis XIII, renouvela l’entreprise du Primatice. Il envoya de Rome un grand nombre de plâtres. Il y a environ un quart de siècle, le Louvre possédait encore une collection de plâtres, où figuraient peut-être quelques-uns de ceux qu’on avait dus au Primatice et au Poussin. Cette collection occupait principalement la grande salle où se trouvent aujourd’hui les antiquités assyriennes. Lorsque ces antiquités nous arrivèrent, la salle dont il s’agit leur fut