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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/235

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réserves, affectent de mettre en doute ce qui existe ; mais ces avertissemens donnés aux uns, ces négociations qu’on est incessamment obligé de suivre avec d’autres, ces ménagemens infinis qu’on doit garder, tout cela n’est-il pas la démonstration la plus saisissante d’une incertitude publique à laquelle on ne peut remédier que par une décision un peu moins laborieuse ?

Et qu’on ne dise pas que c’est difficile, qu’on ne peut rien brusquer, qu’on doit tenir compte de tout. C’est peut-être difficile ; mais il le faut, c’est plus que jamais une nécessité de bien public : une politique nationale ne peut retrouver de la suite et du crédit que dans une organisation précise et incontestée. Le gouvernement lui-même n’en doute pas, parce qu’il est le premier à souffrir des conditions précaires qu’on lui fait dans les relations extérieures dont il a la direction et le secret. Évidemment, lorsqu’il parle, on l’écoute, on l’écoutera, parce qu’il parle au nom du pays et que la France a déjà montré dans ses épreuves une assez énergique vitalité pour qu’on ne doute pas de son avenir. Il y a, si l’on veut, une certaine confiance générale dans les destinées de notre patrie. Cela ne peut suffire cependant. Les gouvernemens, avant de renouer des rapports plus intimes, avant de se lier avec nous et de nous compter dans leurs combinaisons, ont besoin de savoir avec qui ils traitent, quelle sécurité, quelles garanties ils peuvent trouver. Si bien disposés qu’ils puissent être, ils ne sont pas assez aveugles ou assez mal informés pour ne pas voir que tout peut changer d’un instant à l’autre dans nos affaires, que notre politique extérieure peut dépendre d’une oscillation intérieure imprévue, d’un incident en apparence futile et qui pourrait avoir les plus graves conséquences pour le gouvernement. Que, par suite d’absences dans l’assemblée ou par un mouvement de mauvaise humeur dans certaines fractions, la majorité se déplace, le contre-coup se fait aussitôt sentir dans l’action de la diplomatie. Ces crises peuvent survenir à propos de la question la plus étrangère à la politique. Pas plus tard qu’hier, M. Pouyer-Quertier proposait un impôt nouveau par l’établissement de l’exercice sur les raffineries de sucre. L’impôt est-il bon, est-il mauvais ? Est-il destiné à produire tout ce que l’imagination de M. Pouyer-Quertier entrevoit ? Ce n’est pas le point le plus important pour le moment. L’essentiel est que la France est liée par une convention avec l’Angleterre, avec la Belgique. M. le ministre des affaires étrangères est intervenu, et il a rempli son devoir en intervenant avec fermeté pour maintenir l’autorité des transactions internationales.

Peu s’en est fallu cependant qu’on n’adoptât la proposition de M. Pouyer-Quertier sans tenir compte des convenances diplomatiques, et que de la question de l’exercice des raffineries ne sortît une dislocation ministérielle réagissant aussitôt nécessairement sur tout. Des diffi-