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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/230

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l’ignore pas. Depuis trois ans, deux gouvernemens se sont succédé, et l’un après l’autre ils ont suivi la même politique de prudente réserve, évitant de donner des griefs, s’abstenant de toute immixtion dans les affaires des autres, remplissant les obligations du pays envers tout le monde. Il y avait une question qui excitait de l’inquiétude, qui restait toujours indécise et obscure parce que les passions de parti et l’esprit de secte s’efforçaient de la tenir en suspens, de l’envenimer ou de la raviver sans cesse au détriment de l’intérêt national : c’était la question de nos rapports avec l’Italie. M. le ministre des affaires étrangères n’a point hésité l’autre jour à trancher dans le vif en évinçant l’interpellation Du Temple, en mettant hors de toute contestation, et cette fois d’une manière définitive, il faut l’espérer, notre politique à l’égard de l’Italie nouvelle. Le gouvernement a donné des gages bien autrement décisifs, qui ont dû lui coûter beaucoup plus, de son intention invariable d’éviter tout ce qui pourrait servir de prétexte à des querelles ou à des récriminations pénibles. La France est donc tout entière à la paix et aux œuvres de la paix, elle prépare même pour l’année prochaine une exposition internationale de l’industrie, de sorte que, si l’on fait des ligues pour préserver la tranquillité de l’Europe, notre pays n’a certes ni à s’en préoccuper ni à s’en inquiéter ; cela ne le regarde pas. Il ne peut que se réjouir au contraire de tout ce qu’on peut essayer pour reconstituer un ordre malheureusement destiné sans doute à rester longtemps précaire, pour contenir les ambitions remuantes, les impatiences agitatrices, les prépotences abusives. Qu’on prononce ou qu’on omette son nom dans les manifestations publiques de ces tentatives d’alliances plus apparentes que réelles, la France n’en ressent en vérité ni trouble ni déception, elle est parfaitement tranquille sur les résultats. Elle sait qu’il y a des choses qu’on ne voudrait pas permettre contre elle et qu’il y en a même beaucoup d’autres qu’on ne pourrait pas faire sérieusement sans elle. La France sait que, s’il y avait de mauvaises pensées à son égard, l’Angleterre, l’Autriche, refuseraient de s’y associer, la Russie elle-même ne s’y prêterait pas. Est-ce qu’à défaut de la sympathie, qui ne joue qu’un médiocre rôle en politique, ces puissances n’ont point elles-mêmes un souverain intérêt à voir notre pays reprendre sa place à côté d’elles dans les conseils de l’Europe ?

Si cet équilibre qu’on s’efforce d’étayer ou de refaire par des rapprochemens de circonstance ne peut être pour longtemps qu’incertain et précaire, si cette paix qu’on proclame « indispensable à tout le monde » inspire tant de défiances, si les protestations pacifiques qu’on prodigue se perdent dans le bruit des armemens qu’on multiplie partout, à qui donc la faute ? Un député alsacien, M. Teutsch, a eu le courage de le dire l’autre jour à Berlin en protestant devant les représentans assem-