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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/196

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la vice-royauté en 1868. Les durbars solennels auxquels il convoquait les souverains hindous relevaient à un haut degré le prestige de l’autorité européenne; les races à demi civilisées se laissent prendre en effet par la pompe extérieure et par l’éclat des cérémonies. Esprit médiocre, dit-on, lord Mayo avait bien commencé un règne, qui ne devait pas être sans heureux résultats, lorsqu’au mois de janvier 1872 il succomba sous le poignard d’un assassin de bas étage, dans une visite qu’il faisait au pénitencier des îles Andaman. Il a eu pour successeur lord Northbrook, dont les capacités administratives s’étaient déjà montrées en Angleterre dans les postes secondaires de sous-secrétaire d’état du ministère des Indes et du ministère de la guerre. Le premier emploi l’avait familiarisé avec les affaires de l’empire asiatique, le second lui avait appris comment on gouverne une armée, sage préparation qui fait bien augurer de sa conduite dans la péninsule.

Si l’on met à part lord Dalhousie pour la politique étrangère et lord Lawrence pour les affaires intérieures, il est facile de deviner que les vice-rois n’ont pas en général imprimé un essor personnel au gouvernement dont ils étaient chargés. C’est qu’ils ont à leurs côtés un conseil dont chaque membre, avec des attributions bien définies, prend une large part à l’expédition des affaires courantes. Ces membres sont : d’abord le général en chef, qui ne s’occupe que de la discipline et du commandement, et le secrétaire de la guerre, à qui ressortissent toutes les questions d’entretien, de casernement ou de nourriture des troupes, — puis un homme de loi auquel est confié le soin de rédiger les lois et décrets en conformité avec la législation métropolitaine, — puis encore un financier qui dresse le budget, doit balancer les recettes et les dépenses, — enfin trois autres membres qui s’occupent, l’un des travaux public, le second des affaires de police, d’éducation et d’administration judiciaire, le dernier de l’agriculture et du commerce. Réunis, ces conseillers composent une sorte de ministère dans lequel le vice-roi, qui en est le président naturel, se réserve la politique étrangère. Sa part de travail ainsi réduite n’est pas une sinécure. Bien que délimitée sur presque tout son pourtour par la mer ou par des montagnes, l’Inde a des voisins remuans : à l’est le faible roi de Birmanie, dont les tribus frontières sont insoumises, au nord les habitans belliqueux de l’Afghanistan, les insurgés du Turkestan chinois, — dans le Golfe-Persique, les fanatiques wahabites de l’Arabie, dont les agitations se répercutent au milieu des provinces musulmanes de l’Hindoustan. Au sein même de la péninsule subsistent dans une indépendance plus nominale que réelle des souverains indigènes, le nizam du Deccan, le rajah de Mysore, les petits despotes du Radjpoutana, qui souvent en querelle avec leurs sujets réclament à tout propos l’in-