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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/167

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Si triste que soit le présent, l’avenir est plus sombre; les grands succès, la conquête de la forte position des Vosges, les énormes dépenses extraordinaires semblaient promettre la réduction des dépenses régulières, et voici que l’on parle d’accroître l’effectif de l’armée en temps de paix, par conséquent d’augmenter le budget de la guerre ! Or des cinq milliards il ne reste plus que le souvenir, que l’abaissement de la valeur de l’argent, qui amène l’enchérissement de toutes choses; il faut donc trouver de nouveaux impôts! « Mon pauvre Michel, s’écrie l’écrivain démocrate, — Michel, c’est notre Jacques Bonhomme, — tu avais rêvé que tu étais devenu riche tout à coup. Quelle illusion! Si tu ne veux pas être ruiné à fond, je ne sais qu’un remède : ne vote pas pour les adorateurs serviles de Bismarck, pour ces pagodes dont la tête mobile dit toujours oui ! »

Aux journaux, aux affiches à la main, il faut ajouter, pour achever le tableau, les affiches sous lesquelles, dans les circonscriptions disputées, disparaissaient les murs. Il y en avait à Francfort jusque sur la statue de Charlemagne, où l’on prêtait au fondateur de la vieille ville impériale un petit discours en faveur du candidat de la démocratie radicale. Quelquefois la belle humeur des Allemands se manifestait d’une façon malpropre. Nos maisons ont porté pendant l’invasion les traces du goût de l’envahisseur pour les plaisanteries où l’ordure joue le principal rôle : il paraît qu’elles sont dans le goût national et qu’elles trouvent aussi leur emploi dans les luttes civiles; du moins en Bavière on se plaint que les catholiques se soient permis de salir des affiches de candidats qui leur déplaisaient.

Tous ces imprimés étaient élaborés par des comités électoraux, qui étaient nombreux, surtout dans les partis catholique et socialiste, où l’on a bien compris que, pour agir efficacement sur le suffrage universel, il faut déployer une infatigable activité. En Bavière, on a vu des curés se réunir à 40, discuter les candidatures proposées, arrêter un plan de campagne et retourner dans leurs villages pour veiller à l’exécution. Quant aux réunions électorales, il y en avait comme en France de privées, réservées aux amis du candidat, et de publiques, où le candidat s’offrait aux interpellations du premier venu. Les socialistes ne se sont pas contentés de paraître dans toutes les réunions publiques, où la violence de leurs propos a souvent appelé l’intervention du Comité de l’ordre, composé d’hommes de bonne volonté qui se chargeaient de la police de l’assemblée; plusieurs fois des ouvriers se sont introduits dans les réunions privées, et là, dans le local loué par leurs adversaires, ils ont pris d’assaut la tribune pour réciter leurs professions de foi. Le gouvernement voulut assurer la liberté des électeurs, mais il s’y