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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/147

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autres moins éloignés des réformes ou des innovations. On pourrait trouver un signe de ce mouvement dans les sociétés bibliques fondées et patronnées par le clergé sous Alexandre Ier, puis abrogées et supprimées, pour de nouveau triompher aujourd’hui. Un symptôme plus grave, c’est l’attitude de l’opinion et du clergé inférieur vis-à-vis du clergé monastique, qui pendant des siècles a dominé l’église. C’est ainsi qu’à l’épiscopat, jusqu’ici réservé aux moines, quelques personnes osent parler d’élever des prêtres mariés. Dans tout cela, il n’y a pas de sérieux sujet d’alarmes pour les orthodoxes ou de joie pour leurs adversaires; l’esprit traditionnel est assez puissant dans l’église russe pour contrôler et modérer le penchant contraire. Au lieu d’un germe de dissolution, le culte officiel de l’empire peut trouver dans les tendances réformatrices un principe de vie et de renouvellement. La lutte entre ces deux courans, dans un milieu si longtemps en proie à la stagnation, en agite encore à peine la surface. Il n’y a rien de semblable à l’antagonisme qui a coupé l’église anglicane en deux partis hostiles. Les divisions sur le dogme ou les rites sont aujourd’hui remplacées en Russie par la sourde rivalité des deux clergés, le haut clergé monastique et célibataire et le bas clergé, pourvu de famille. C’est là son high church et son low church. Au lieu de disputes théologiques, c’est une lutte de situation, une querelle de classes; mais sous ces compétitions, en apparence toutes personnelles et économiques, se retrouvent souvent les deux tendances ecclésiastiques que nous signalions. Par sa situation, par son genre de vie, par l’effet même de leurs rivalités, le haut clergé est plus conservateur, plus aristocratique, le clergé inférieur plus novateur, plus égalitaire.

Il y a un côté important par lequel, au lieu d’occuper une position intermédiaire entre Rome et la réforme, l’orthodoxie gréco-russe semble se montrer simultanément opposée à toutes deux, ce sont les rites, le culte extérieur. L’immobilité traditionnelle qui à tant d’égards l’a placée au milieu des catholiques et des protestans l’a laissée sous ce rapport à l’écart, et comme en arrière des uns et des autres. Les usages de l’antiquité chrétienne, souvent simplifiés par Rome avant d’être réduits ou rejetés par la réforme, se sont pour la plupart religieusement conservés en Orient. Strictement attaché aux formes chrétiennes des IVe et Ve siècles, le culte orthodoxe est essentiellement ritualiste. Cette fidélité à des pratiques abandonnées ou modifiées par les confessions d’Occident lui donne vis-à-vis d’elles un air archaïque et vieilli. Ce ritualisme a valu à l’église grecque l’attaque simultanée des deux partis entre lesquels se divise le christianisme occidental. Catholiques et protestans, qui d’ordinaire lui font des reproches contradictoires, l’ont également