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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/957

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On se plaignait déjà l’an dernier de la première commission des trente, de ses recherches subtiles et de ses lenteurs. On dirait que la commission de cette année s’est mise à l’œuvre avec cette persuasion qu’elle n’avait été nommée que pour gagner ou perdre du temps, pour offrir aux députés qui en font partie une occasion de déployer leur érudition ou leur imagination. Il y a deux mois déjà qu’elle existe, qu’elle travaille, qu’elle discute, — elle vient enfin de nommer un rapporteur pour la loi électorale, pour la loi électorale seule, bien entendu, et si M. Batbie, qui a été chargé de cette mission, veut rapporter tout ce qui a été dit, résumer tous les systèmes qui ont été développés, même toutes les fantaisies qui se sont produites sérieusement, il peut à son tour demander du temps. Le fait est que le rapport ne sera pas présenté, dit-on, avant la fin de mars. Alors l’assemblée se séparera pour les vacances de Pâques, pour la session des conseils-généraux, et elle ne reviendra guère avant le mois de mai ; puis il faudra étudier les autres projets sur les deux chambres, sur le pouvoir exécutif. Qu’on mette deux mois pour étudier chacun de ces projets comme pour la loi électorale, on voit que l’œuvre constitutionnelle est en bon chemin et que le pouvoir présidentiel peut attendre avant de savoir ce qu’il sera !

Véritablement, à suivre les travaux de la commission des trente, on n’est pas sans éprouver un certain malaise. Quoi donc ! depuis quatre-vingts ans, toutes les questions constitutionnelles possibles ont été étudiées, discutées, même résolues dans tous les sens, et on en est là ! M. de Lacombe propose le grand collège de 1820. M. Chesnelong et M. le duc de Bisaccia mettent leur génie en commun pour proposer un système qui consisterait à créer un corps de notables électeurs avec des délégués du suffrage universel et les plus hauts imposés ! On disserte sur le nombre et sur les intérêts. La commission est évidemment le jouet d’une illusion, elle se méprend, elle n’a point été créée pour se livrer à ces études de fantaisie où l’esprit de parti prend trop souvent la place du sentiment exact de la réalité ; elle a été instituée pour faire une œuvre politique, essentiellement pratique. On a fini par le sentir, peut-être un peu sous la pression de l’opinion, et on en est revenu tout simplement au projet que M. Dufaure avait présenté, dont le point le plus saillant est la substitution du vote par arrondissement au scrutin de liste par département. Il aurait mieux valu commencer par là, et si on veut être prudent, au lieu de reprendre les mêmes voyages à travers toutes les théories constitutionnelles, lorsqu’il s’agira de préparer les lois sur le pouvoir exécutif, sur les deux chambres, on ira droit au fait. Il ne faudrait pas de longs mois, quelques jours suffiraient, et l’assemblée, sans plus de retard, serait ainsi en mesure d’en finir avec toutes les ambiguïtés par une organisation régulière qui serait à la fois la garantie du pays et du gouvernement lui-même.