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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/950

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE




14 février 1874

On aura beau se faire des illusions et s’évertuer en combinaisons merveilleuses, il est des momens où la politique la mieux inspirée est la politique la plus simple, la politique de la raison, du désintéressement et de la bonne volonté. C’est la dernière ressource et la dernière habileté dans la mauvaise fortune. La France est plus que jamais à un de ces momens où elle a le plus pressant besoin de voir ses affaires conduites dans cet esprit de simplicité courageuse et désintéressée. Assurément, même avec cet esprit, toutes les difficultés ne seraient pas résolues ou supprimées ; elles seraient peut-être à demi vaincues dès qu’elles seraient abordées sans parti-pris et sans arrière-pensée, avec la passion unique et exclusive de tout subordonner à une nécessité supérieure de sauvegarde publique, de reconstitution nationale. Pour l’assemblée, pour le gouvernement comme pour le pays lui-même, une voie nouvelle s’ouvrirait où l’on pourrait s’avancer d’un pas tranquille et assuré sans risquer à chaque instant de se heurter à tous les incidens subalternes, quelquefois irritans, d’une existence laborieuse et disputée.

Ce n’est là qu’un rêve, dit-on, c’est l’utopie facile de ceux qui ne sont pas à la peine et ne sont pas initiés aux difficultés de chaque jour. Les affaires sont les affaires et les hommes sont les hommes. Il y a des résistances, des préjugés, des habitudes, des engagemens de parti, dont il faut tenir compte. La politique vit comme elle peut et fait ce qu’elle peut. — Ce serait peut-être vrai ou du moins spécieux dans des circonstances ordinaires. Il est des situations où les procédés d’un autre temps ne sont plus qu’un vain palliatif, où, pour trop se complaire dans la tactique et dans les transactions prétendues nécessaires, faute d’une certaine naïveté audacieuse, on finit par se perdre dans un amas d’obscurités et d’impossibilités. Quel est le sentiment le plus impérieux qui éclate un