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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/928

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là cependant que des préludes de culture, des essais restreints et vite avortés : heureux encore lorsque, avec les absurdes idées économiques du gouvernement français de l’époque, on n’obligeait pas les colons d’arracher leurs vignes, comme on l’avait fait pour un vignoble planté par les jésuites à Kaskaskia (Illinois), dans la crainte que la culture de la vigne en Amérique ne nuisît au commerce des vins de France.

C’est vers 1823 que Longworth commençait à Cincinnati son œuvre de viticulteur. Sous sa direction et par son exemple, cette région devint en peu d’années le principal centre de la production du vin en Amérique. L’immigration allemande lui donna pour auxiliaires des vignerons expérimentés, auxquels il cédait à bail de petits lots de terre avec charge d’y planter la vigne, en réservant au propriétaire une part déterminée dans les profits. Grâce à la vigne, l’Ohio put bientôt être appelé « le Rhin d’Amérique. » En 1845, à Cincinnati seulement, il y avait quatre-vingt-trois vignobles, couvrant ensemble une aire de 350 acres : cette surface était devenue de 1 200 acres en 1852 ; elle n’était pas moindre de 4 000 à 5 000 acres en 1873 [1].

Pendant d’assez longues années, le catawba fut le cépage prédominant dans ces vignobles de l’Ohio : toute une école de praticiens habiles s’était formée autour de Longworth pour perfectionner la culture de ce raisin, qui donnait et donne encore le Champagne d’Amérique : il entra longtemps pour les 19 vingtièmes dans les vendanges du pays ; mais peu à peu, sous les atteintes multiples des maladies appelées rot (pourriture) et mildew (moisissure) et sous l’action alors méconnue du phylloxéra, la vigueur de l’espèce a semblé décroître, sa fécondité diminuer, si bien que, depuis vingt ans surtout, on lui substitue graduellement des variétés à produits moins fins, mais à végétation plus robuste. Aujourd’hui le catawba, bien que représenté dans les vignes de Cincinnati et du Missouri, se cultive plus en grand dans les îles du lac Érié et dans une portion de l’état de New-York, dont Hammondsport est le centre. Plus récent dans ces régions, il commence néanmoins à y péricliter.

Une autre variété longtemps célèbre, aujourd’hui en décroissance, est la vigne dite isabella, du nom d’une dame Isabelle Gibbs, qui la fit connaître en 1818. On la dit originaire de la Caroline du sud ; elle appartient, comme la précédente, au groupe des labrusca, dont elle a l’arome trop prononcé. Plus fréquemment cultivée dans

  1. Le rapport du département de l’agriculture de Washington pour 1870 indique 10 446 acres (4 596 hectares) pour l’état de l’Ohio tout entier, et une production de 155 045 gallons (6 860 hectolitres) de vin ; l’année précédente, il n’y avait eu que 5 574 acres (2 252 hectares) en culture, avec production de 143 767 gallons (5 434 hectolitres de vin), le gallon américain est de 3 litres 78.