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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/926

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de Provence. Ces grains se vendent par mesures, comme on le ferait des groseilles à maquereaux. Si grande est la fertilité de la plante qu’un seul pied à l’âge de dix ans peut donner 8 hectolitres de grains égrappés. Telles sont les principales espèces de vigne des États-Unis. J’en néglige à dessein quelques autres dont l’intérêt est presque uniquement scientifique, et qui ne jouent dans la culture qu’un rôle très secondaire.

C’est par une variété de labrusca que s’inaugure au début même de notre siècle la viticulture américaine. Le chef vénéré de la colonie suisse de Vevay, John-James Dufour, adopta comme base de cette culture une variété de vigne indigène improprement appelée cape ou vigne du Cap, dans l’idée, reconnue fausse depuis, qu’elle n’était autre que le célèbre cépage de la colonie de Constance, au cap de Bonne-Espérance. On l’appelle aujourd’hui schuylkill, du nom d’un fleuve de Pensylvanie, sur les bords duquel un certain Alexander, jardinier du gouverneur Penn, l’aurait trouvée, avant la guerre de l’indépendance, aux environs de Philadelphie. De là aussi son nom d’alexander. Longtemps conservée comme simple curiosité, elle ne constitua de vignobles qu’à partir de 1805. Les Suisses de Vevay en faisaient un vin rouge ambitieusement comparé au bordeaux, et qui resta le seul vin estimé d’Amérique jusqu’à l’introduction du catawba. « Il était pourtant, écrit M. Robert Buchanan, trop âpre et trop acide pour le goût des Américains, » et cette raison, jointe à la faute grave d’avoir planté ce cépage dans des sols trop bas et trop riches, sans défoncemens préalables, est donnée comme la cause de la décadence des vignes de la colonie suisse. Aujourd’hui que l’on connaît l’action destructive du phylloxéra sur la plupart des variétés dérivées du labrusca, on peut se demander si cette cause, alors ignorée, n’a pas été la principale dans la perte de ces premiers vignobles, concentrés dans un étroit espace et dont l’étendue n’a pu être que très limitée.

Avec le catawba s’ouvre véritablement l’ère de prospérité de la vigne aux États-Unis. L’origine de ce cépage est entourée de quelques doutes. Le major Adlum, qui le premier en comprit toute la valeur, l’aurait trouvé par hasard en 1820 dans le jardin d’une famille allemande, près de Washington, mais l’aurait en même temps reconnu pour tout pareil à une variété sauvage observée dans le Maryland. La tradition néanmoins veut que ce cépage ait été découvert en 1802 dans le comté de Buncombe, de la Caroline du nord, sur les bords de la rivière Catawba, dont il a emprunté le nom. Nul doute que ce ne soit un dérivé du vitis labrusca des bois ; il en a les gros grains à goût très aromatique et les feuilles à duvet très cotonneux ; mais l’arôme des raisins, moins foxy, moins framboisé, si l’on veut, que dans le type sauvage, la chair plus fondante