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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/906

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ces horreurs, dont le programme paraît d’ailleurs tout tracé dans des pièces parues vers 1868, émanées d’un pouvoir occulte, qui mettait sur ses actes pour suscription ces mots, qu’on ne soupçonnait guère devoir être prophétiques : commune révolutionnaire de Paris. Ces pièces furent alors peu remarquées ; on ne croyait pas à de telles menaces. Les préoccupations publiques étaient ailleurs et n’attachaient qu’une médiocre importance aux manifestes qu’envoyait de Londres le comité central d’action, moins encore aux déclamations des réunions publiques. Il était clair pourtant que la pensée de mettre la puissance des nouvelles découvertes de la science, picrate ou pétrole, au service de l’idée révolutionnaire fermentait dans plus d’un esprit malade. L’enquête cite une recette trouvée également vers la fin de l’empire chez un des accusés du procès de l’Internationale ; c’est une fabrication de nitro-glycérine et une composition au sulfure de carbone et au prussiate de potasse avec ces mots : « à jeter par les fenêtres, à jeter dans les égouts. » Comment ne voir après cela que des excentriques dans les auteurs de ces lettres ? Ils ne firent que donner corps à cette manie destructive qui avait déjà troublé tant de têtes faibles et trouvé d’obscurs organes dans des complots et des clubs également mis en oubli.

Nous ne pouvons l’oublier aujourd’hui, cet instinct de férocité, qui, par les hideux détails reproduits dans les interrogatoires et dans les pièces justificatives que publie l’enquête législative, est venu démentir nos illusions sur l’adoucissement des mœurs. Ce n’est point, comme on l’a dit, dans un instant de délire que la fusillade a remplacé la guillotine, dès longtemps déclarée hors de service au nom de l’humanité. Le terrorisme sanguinaire a marqué dans ces pages sa trace ineffaçable. C’est encore Rossel qui donnera en quelques lignes la formule du nouveau terrorisme, peu différent de l’ancien : « lorsque Danton disait qu’il valait mieux être guillotiné que guillotineur, il ne croyait plus à la chose publique. » Aussi est-ce avec une fébrile impatience qu’il presse les exécutions à mort. Le dégoût qu’on éprouve à souiller sa plume d’images qui soulèvent le cœur ne doit pas empêcher de citer certaines choses qu’il faut que le public sache. Voici dans une brochure publiée à l’étranger les représailles qu’annonce l’aide-de-camp de ce même Rossel contre les membres de la commission des grâces. « Vous serez là pendus, la face convulsée, la langue grosse, toute bleue, et les yeux jaillissans. Nous saurons trouver vos enfans et vos femmes, et nous les mènerons sous les potences ! »

On éprouve une sorte de soulagement en parcourant ces notes lorsqu’un épisode qui n’est que ridicule succède à ces impressions lugubres. Le grotesque, dans les conditions du drame romantique, a sa place marquée à côté de l’odieux ; il ne manque pas non plus à