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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/880

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tours réunies par des murs de 2 mètres d’épaisseur. Les Vénitiens ont élevé en avant un bastion et deux demi-bastions qu’ils ont joints par des courtines ; ils ont entouré tout cet ensemble d’un large fossé et d’un chemin couvert. Ils en ont fait en un mot une véritable place de guerre, telle qu’on les concevait au XVIIIe siècle. Les Turcs n’y ont rien ajouté. En face, sur la côte opposée, apparaît le château de Roumélie. Ces deux forteresses, bâties sur les deux points les plus rapprochés des deux rives, sont séparées par un détroit dont la largeur n’excède pas 1 800 mètres ; elles croisent facilement leurs feux, et défendent l’entrée du golfe, qui s’enfonce sur un espace de 30 lieues environ vers l’isthme de Corinthe. Ce passage, les Grecs avec Miaulis l’ont forcé plus d’une fois ; il n’en conserve pas moins le nom que lui valut la réputation qui lui avait été faite d’être infranchissable ; on l’appelle les petites Dardanelles.

Le capitaine Lyons, sur la frégate anglaise la Blonde, s’est joint pour les opérations dirigées contre le château de Morée aux capitaines Mauduit-Duplessis, Hugon et Villeneuve, commandant les frégates françaises la Duchesse de Berry, l’Armide et la Didon. Les vaisseaux le Conquérant, portant le pavillon de l’amiral de Rigny, le Breslau, sous les ordres du capitaine La Bretonnière, forment la division de réserve. C’est à bord du Conquérant que le commandant en chef a établi son quartier-général. C’est de ce vaisseau qu’il adresse, de concert avec l’amiral de Rigny, la note suivante au pacha de Lépante et au commandant du château de Roumélie. « Il n’a point, leur dit-il, l’intention de les attaquer. La paix existe entre leurs souverains respectifs. Si le pacha de Lépante et le commandant du fort de Roumélie encouragent la résistance des rebelles, ils se mettent en hostilité contre nous et nous confèrent le droit de représailles. S’ils s’abstiennent de tout acte hostile, nous en agirons de même à l’égard de Lépante et du château de Roumélie. »

Depuis le combat de Navarin, on ne vivait en Grèce que de fictions. Les autorités turques acceptèrent de bonne grâce celle que leur proposait le général Maison, et les batteries de la rive rouméliote demeurèrent silencieuses et neutres. Dès le 18 octobre, le général Schneider avait exprimé le désir qu’on débarquât de chacune des frégates quatre pièces de 18. Le 22 octobre, à neuf heures du matin, une batterie élevée et servie par les marins des deux escadres a commencé l’attaque. Pendant huit jours et huit nuits, c’est elle qui protége les travaux des sapeurs. Le 30 octobre, les canons des frégates et deux pièces de 24 débarquées du Conquérant sont transportés avec le matériel de siége dans deux batteries de brèche, qui reçoivent le nom de batterie de Charles X et de batterie de George IV.