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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/876

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les opérations commencées. » Le général s’empressa de déférer à ce vœu unanime. Sa réponse montre assez cependant combien la mission dont il est chargé commence à lui paraître ingrate. « Le mouvement sur Coron, dit-il, n’est pas, comme je vous l’explique à tous, un mouvement immédiatement offensif. Rien n’a été fait devant cette place qui puisse lui donner ce caractère ; la mauvaise foi habituelle d’Ibrahim, son habitude tout ottomane de gagner du temps, lui ont fait saisir cette occasion de chicaner. Je vous assure que je ne regrette nullement ce que vous appelez ma proie ; seulement je ne voudrais pas que d’aussi misérables gens que ces Turcs prissent de grands airs avec moi et parussent s’en aller d’ici par leur seule volonté. Si j’en eusse été le maître, j’aurais appris à Ibrahim que, s’il ne me craignait pas, comme il l’a dit, il avait quelque tort à cela. Je l’aurais renvoyé dans son pays plus petit qu’il n’est encore. »

L’expédition de Morée était une expédition française ; cette expédition cependant ne devait agir qu’au nom des trois puissances, et l’Angleterre s’était engagée à lui prêter le concours de ses forces navales. L’amiral de Rigny aurait eu probablement peu de peine à maintenir la bonne harmonie entre le commandant en chef de nos troupes et l’amiral Codrington. Il lui fallut plus de soins pour faire comprendre à sir Pulteney Malcolm tout ce que la situation de notre armée avait de pénible et d’anormal. « Il m’est impossible, écrivait le général Maison, de rester ici plus longtemps sans établissement fixe. Je commence à avoir quelques malades. La pluie d’avant-hier nous a avarié beaucoup de denrées, et la mauvaise saison approche. Il faut donc que je prenne mes dispositions. J’ai choisi Navarin pour y établir mes magasins, mes hôpitaux, mes dépôts de tout genre. Je marcherai incessamment sur ce point avec ce que j’ai de troupes ici ; je marcherai sans aucune manifestation hostile contre qui que ce soit… Je sais bien que le gouvernement du roi verra avec plaisir l’exécution du traité d’Alexandrie ; il veut ménager Méhémet-Ali. Je n’ai jamais, de mon côté, songé à m’y opposer. Je trouve cependant que vous avez ordonné un peu brusquement le départ de vos frégates de devant Coron. Nous sommes bien maîtres de placer nos forces comme nous l’entendons… »

L’embarquement de l’armée égyptienne ne fut terminé que le 27 septembre. Cette armée comptait encore environ 18 000 hommes, mais jamais armée ne quitta le sol qu’elle avait conquis dans un plus pitoyable état. Les ophthalmies, la dyssenterie, la fièvre, n’avaient pas cessé de ravager les bataillons d’Ibrahim. Pour toute nourriture, les soldats ne recevaient qu’une poignée de riz, et souvent pour boisson une eau bourbeuse et saumâtre. « Véritables