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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/873

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ville ajoutait : « Le roi a remarqué, monsieur le vice-amiral, la lettre adressée par vous à sir Edward Codrington pour lui exprimer la part que vous preniez à la disgrâce dont vous le jugiez menacé. Cette correspondance ne peut que vous faire honneur : cependant, tout en rendant justice à ce brave amiral, peut-être eussiez-vous mieux fait de ne pas donner autant de développement à l’expression de votre sympathie. Le gouvernement anglais prétend que l’amiral Codrington n’a pas agi suivant ses instructions, et ce n’est pas à nous d’apprécier si cette assertion est exacte. Ce que nous savons positivement, ce que sa majesté se plaît à répéter, c’est que vous avez suivi celles qui vous avaient été données, de manière à ne mériter que des éloges. Cette observation seule vous fera comprendre pourquoi le roi ne veut pas consentir à vous laisser revenir en France au moment où l’amiral anglais est rappelé par le cabinet britannique. »

La résolution d’envoyer un corps de troupes en Morée ne comportait dans l’exécution aucun retard ; 10 000 hommes et 800 chevaux partiraient de Toulon dans les premiers jours du mois d’août. Ils seraient suivis, dix ou quinze jours plus tard, de 4 000 hommes et de 500 chevaux environ. Le commandement en chef était confié au marquis Maison, pair de France, lieutenant-général des armées du roi. Le premier convoi serait sous les ordres de M. Cuvillier, capitaine de vaisseau, commandant la Ville de Marseille ; il se composerait des frégates l’Amphitrite, la Bellone, la Cybèle et d’un nombre de navires de commerce suffisant pour porter les chevaux, tout le matériel et les hommes qui n’auraient pu trouver place sur les bâtimens de guerre. Le second convoi serait escorté par le vaisseau le Duquesne, attendu de Brest à Toulon, par les frégates l’Iphigénie et l’Armide. Les soins du comte de Chabrol avaient porté leurs fruits, et, bien que nous eussions à maintenir le blocus d’Alger, bien qu’on nous trouvât présens dans toutes les stations lointaines, nos équipages de ligne purent fournir encore, dans le plus bref délai, des marins et des cadres à ce nouvel armement. L’institution, renouvelée de l’empire, qui associait aux matelots de profession un certain nombre d’hommes provenant du contingent annuel avait été vivement critiquée ; on n’en comprit tous les avantages qu’après cet éclatant exemple de la fécondité dont elle venait de doter en quelques années notre marine.

Pendant qu’on négociait à Londres, qu’on armait à Toulon, l’amiral Codrington, à qui n’avait point encore été notifié son rappel, recevait l’ordre de se rendre de Malte à Alexandrie. Il ne suffisait pas en effet d’envoyer une armée en Morée, il fallait aussi s’arranger avec Méhémet-Ali pour que la flotte égyptienne vînt à Navarin pro-