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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/872

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égal s’établit dans le grand camp retranché de Schumla ; le reste servit à couvrir les deux capitales, Andrinople et Constantinople. Les Russes avaient tout l’avantage de l’offensive. « Ils vont, écrivait l’amiral de Rigny le 15 juillet 1828, tourner Schumla par Varna et Bourgas. Dans un mois, ils seront dans les plaines d’Andrinople. Voilà du moins l’apparence. » Les appréhensions de l’amiral ne se réalisèrent pas sur-le-champ. Le tsar en personne avait mis le siége devant Varna avec 15 000 ou 20 000 hommes d’élite ; cette place, commandée par le défenseur de Patras, Yousouf, et par le capitan-pacha, Mohammed-Izzet, l’arrêta jusqu’au 6 octobre.

Le 19 juillet 1828, le prince de Polignac fut chargé d’annoncer au prince de Lieven et au comte Aberdeen que le cabinet des Tuileries proposait l’envoi d’un corps de troupes françaises dans le Péloponèse. Le président de la Grèce, le comte Capo d’Istria, s’était, dans l’origine, montré peu favorable à cette expédition ; insensiblement son opinion s’était modifiée. Il avait reconnu que les forces navales seraient insuffisantes à amener la retraite d’Ibrahim ; le fils du vice-roi se maintenait dans ses positions militaires et bravait les efforts des Grecs, trop faibles pour inquiéter ses troupes. La proposition du prince de Polignac obtint sur-le-champ l’adhésion des deux autres plénipotentiaires. Il fut convenu qu’un corps de troupes serait le plus tôt possible débarqué en Morée. Sa majesté très chrétienne serait invitée à se charger seule de l’exécution de la mesure. L’expédition aurait lieu au nom des trois cours ; l’objet en serait notifié en commun à la Porte-Ottomane, et l’on déclarerait en même temps à cette puissance que le débarquement d’une force alliée dans la péninsule grecque n’était point opéré dans des vues hostiles à son égard. Dès qu’Ibrahim se serait rembarqué, les troupes françaises quitteraient la Morée. Si les forces du pacha opéraient leur retraite par terre, un corps d’observation pourrait être laissé vers l’isthme de Corinthe, pour empêcher leur retour dans la péninsule.

Le baron Hyde de Neuville avait à cette époque remplacé le comte de Chabrol au ministère de la marine. Ce fut lui qui informa l’amiral de Rigny des dernières décisions de la conférence. Le roi avait exprimé le désir que cet officier-général, dont la santé commençait à être sérieusement ébranlée par un aussi long séjour à la mer, gardât néanmoins le commandement important qui lui avait été confié jusqu’à la conclusion probablement très prochaine des affaires du Levant. Sir Edward Codrington était au contraire rappelé en Angleterre, et son successeur, le vice-amiral sir Pulteney Malcolm, allait se rendre sur-le-champ à Corfou. En annonçant cette nouvelle au commandant de nos forces navales, M. Hyde de Neu-