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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/866

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vous reveniez à Toulon. Il a fait partir le général Guilleminot de quarantaine. Le général est parti pour Corfou, où doivent aussi se rendre l’ambassadeur d’Angleterre et l’ambassadeur de Russie. Ce sera de cette réunion de diplomates qu’émaneront désormais des instructions qui, pour mener à quelque chose, doivent être communes à tous les amiraux. Le ministère anglais interpellé a déclaré qu’il entendait se conformer à la lettre et à l’esprit du traité du 6 juillet. M. de Polignac a reçu l’ordre de repartir immédiatement pour Londres, afin d’y suivre le cours des négociations. Tout cela devient fort compliqué. Vous parlez de forcer le passage des Dardanelles en attaquant par terre une des rives pour faciliter le passage de la flotte ; mais, depuis trois mois que la Porte se met en mesure, n’aura-t-elle pas mis ses forts à l’abri d’un coup de main, et combien faudrait-il de troupes de débarquement pour tenter cette opération avec succès ? Le passage une fois forcé, tout serait-il fait ? Nous voyons dans le récit de l’expédition de lord Duckworth que la flotte anglaise resta plusieurs jours en face de la ville sans pouvoir rien tenter, et que dans moins de trois jours quatorze cents pièces de canon furent mises en batterie pour défendre le sérail et la ville. Si vous avez quelques données à cet égard, communiquez-les-nous. Vous concevez très bien que je ne puis en ce moment vous donner d’instructions particulières. Nous en sommes encore à réfléchir et à nous communiquer nos réflexions de Paris à Londres et de Londres à Saint-Pétersbourg. L’avenir de la Grèce ne donne pas moins d’inquiétudes. Je crains qu’il n’y ait rien à faire de ce peuple de pirates. Tout ce que nous ferons pour faire cesser ce brigandage organisé sera bien fait. Le comte Capo d’Istria doit être arrivé en ce moment ; je crains bien que ce ne soit qu’un homme de plus, et que ce ne soit pas un gouvernement. Je vous ai dit que le roi avait fort approuvé vos réflexions sur les ménagemens dont vous croyez convenable d’user envers la Porte et envers l’Égypte. Si nous en venons à une guerre déclarée, la position sera plus franche et plus nette. C’est ce dont vous serez instruit par les ambassadeurs, qui doivent être en ce moment même à Corfou. »

La Porte, on l’a dit avec raison, haïssait trop la Russie pour la craindre. Cherchant, suivant l’expression de l’internonce d’Autriche, le baron Ottenfels, « son courage dans le désespoir, » elle s’était entièrement rejetée vers la barbarie des siècles précédens. Elle venait de déchirer le traité d’Akermann, et appelait aux armes tous les Osmanlis contre le plus odieux des peuples infidèles, le peuple moscovite. De quel droit, à quel titre, l’Angleterre et la France auraient-elles pu s’interposer entre deux ennemis également avides de se combattre ? Provoquée et prise à partie, la Russie ne pouvait se considérer comme condamnée à l’inaction par des