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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/843

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grand air, mais dont il est assez difficile à distance de déterminer la date et le caractère, s’élève tout pareil à une de ces fabriques monumentales qu’aimèrent à placer dans les fonds de leurs tableaux ceux des paysagistes hollandais qui avaient vu l’Italie, Berghem ou Asselyn. Dans les toiles de ces maîtres, c’est le paysage naturel qui domine cependant, car leur nature hollandaise a été plus forte que leur éducation italienne, et si imposans que soient les temples, les palais et les ruines dont ils décorent leurs œuvres, ces élémens sont impuissans à prendre le dessus sur la prairie où paissent les animaux ou le ruisseau où ils s’abreuvent. Il en est exactement ainsi à La Palisse : tout admirablement situé qu’il est, le château ne parvient pas à créer un de ces paysages historiques que des édifices moins considérables créent facilement en d’autres lieux. En revanche il compose un superbe décor avec sa longue façade flanquée de tours, d’aspect fier, riche, seigneurial, qui, si l’on n’était prévenu, ferait hésiter de loin entre le XVIe et le XVIIe siècle. C’est à distance cependant qu’il faut rester pour jouir du spectacle de cette architecture, car la façade qu’il présente au voyageur qui se dirige sur La Palisse est de beaucoup la plus belle des deux, et il n’a réellement tout son caractère de noblesse que du côté qui regarde la ville, qu’il domine tout à fait à la manière d’un château-fort féodal, ce qu’il fut très probablement avant de se transformer en palais de la renaissance et de devenir la résidence des chevaliers de la maison de Chabannes.

Ce n’est guère que dans les vingt dernières années que le château de La Palisse a dû être remis en l’état où nous l’avons vu, car certains livres de date assez récente et écrits en Bourbonnais même, que nous consultons à ce sujet, en parlent comme de ruines imposantes. La restauration, il est vrai, ne comprend encore qu’une des ailes ; l’autre ne présente que des appartemens effondrés qui, avec leurs charpentes mises à nu et leurs planchers chargés du plâtre et des pierres qui les recouvraient, ressemblent à des squelettes autour desquels l’anatomiste a laissé les amas de chair dont son scalpel les a dépouillés. Plusieurs cependant conservent encore leurs plafonds de la renaissance, de superbes plafonds en caissons à losanges à l’instar de ceux de quelques-uns de nos châteaux royaux ; ils sont entièrement intacts : quand on réparera ce côté de l’édifice, on n’aura d’autre peine que d’en rafraîchir les dorures. Dans la partie habitée, une belle salle de la renaissance a été transformée en salon moderne. La cheminée, qui en est fort noble, toute festonnée et chamarrée d’armoiries, a été restaurée avec un goût dont nous ne saurions trop louer l’originalité. Le vaste manteau en a été peint en noir, et sur ce fond sombre d’innombrables lions en acier brillant reluisent comme autant de météores héraldiques. Trois