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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/823

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IMPRESSIONS


DE VOYAGE ET D’ART



SOUVENIRS DU BOURBONNAIS [1]


IV.




I. — vichy. — souvenir de mme de sévigné.

Il est en ce monde beaucoup de choses qui laissent une impression de tristesse : le catalogue en est si nombreux qu’il serait encore plus difficile à dresser que celui de la Bibliothèque nationale, et qu’il n’est probablement aucun homme, même trié avec soin parmi les plus expérimentés en matière de mélancolie, qui fût capable de s’acquitter de cette tâche de façon à mériter les louanges. Le hasard a voulu que je visitasse Vichy à deux reprises, au commencement et à la fin de la saison annuelle, et là j’ai pu me convaincre que, si les fêtes ont des lendemains toujours lugubres, les apprêts en sont rarement gais. Connaissez-vous quelque chose qui fasse sentir plus profondément la solitude qu’une salle de bal ou un théâtre attendant, tous lustres allumés et siéges béans, l’arrivée des visiteurs ou des invités ? Si, devançant l’heure, vous avez le déplaisir d’y pénétrer le premier, comme les minutes vous y semblent longues, et comme, loin de vous distraire, cet éclat et ce luxe disposés et préparés pour des centaines de vos semblables vous font mieux sentir l’isolement de votre moi individuel ! Enfin la porte s’ouvre de nouveau, une, deux, trois personnes entrent, mais elles semblent partager en quelque chose votre impression, car elles passent pareilles à des ombres,

  1. Voyez la Revue du 1er décembre 1873.