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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/820

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un beau tableau représentant une descente de croix et attribué à Mignard. Les pénitens blancs montrent au fond de leur église une grande composition religieuse, premier ouvrage de Sigalon, qui devait plus tard devenir célèbre par ses tableaux de la Courtisane, de Locuste essayant ses poisons, et par la copie du Jugement dernier de Michel-Ange ; mais ce qui frappe le plus les voyageurs, c’est la cheminée sculptée datant de la visite de Charles-Quint et située dans une maison précédée d’arcades où sont nés les deux Théaulon, le premier, peintre du siècle dernier, connu par son tableau de l’Heureux Ménage, — l’autre, auteur dramatique en vogue sous la restauration, et dont quelques pièces, entre autres le Père de la débutante, sont restées au répertoire. La grande place d’Aigues-Mortes est ornée d’une statue de saint Louis, œuvre de Pradier, élevée en 1845 aux frais de la ville pour perpétuer le souvenir de son fondateur.

L’exploitation du sel retiré des salines est la plus considérable, on peut même dire l’unique industrie d’Aigues-Mortes. Le transport est long et compliqué. Chargé d’abord sur de grandes barques, le sel parcourt 60 kilomètres de canal pour arriver à Cette, où il est transbordé sur des navires. Si le chenal qui met le port d’Aigues-Mortes en communication avec le Grau du Roi était approfondi à 8 mètres, les plus forts bâtimens pourraient prendre directement leur chargement, amarrés devant les salines riveraines, et le sel de Peccais dans le port de la ville, où il est amené par le canal du Bourgidou. Aujourd’hui des navires de 120 tonneaux peuvent seuls arriver jusqu’au bassin situé sous les remparts. Ils apportent des côtes de la Catalogne du poisson frais et salé, du liége en bouchons, des fruits, des légumes de toute sorte et surtout d’énormes quantités d’oranges provenant des Baléares. L’Italie envoie des pâtes, de l’huile d’olive, du riz, du maïs et des merrains pour la construction des futailles.

Le port d’Aigues-Mortes est destiné par sa position à devenir un port d’exportation pour la houille. Actuellement il est en communication par des voies ferrées avec les bassins houillers de la Grand-Combe, de Bességes et de tous ceux qui seront exploités plus tard dans les Cévennes. Nul autre port n’en est plus rapproché. Le prix de la houille étant surtout réglé par la longueur du parcours sur terre, ce prix serait considérablement abaissé, si ces houilles s’embarquaient à Aigu es-Mortes au lieu d’aller chercher la voie de mer à Cette ou à Marseille [1]. L’économie serait notable, mais, pour la réaliser, il faudrait que des navires d’un fort tirant d’eau pussent

  1. Ch. Lentheric, le Port d’Aigues-Mortes et les houilles du Gard, Nîmes 1866.