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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/805

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qui l’a examinée, déclare que, d’après la construction, ce ne pouvait être qu’une péniche de plaisance destinée à naviguer sur l’étang ou sur le canal, et qu’elle ne remontait pas au-delà du XVIe siècle.

En résumé, saint Louis s’est embarqué à Aigues-Mortes sur un navire d’un faible tirant d’eau, a traversé l’étang de La Marette, suivi le Canal-Vieil, et est arrivé par l’étang du Repausset au grau qui porte son nom, et en dehors duquel la flotte l’attendait depuis longtemps. Ce dut être un spectacle imposant lorsque sur cette plage solitaire une flotte de cent vingt navires, portant toute une armée, mettait à la voile le 25 août 1248, jour de la Saint-Augustin, en chantant le Veni Creator. Saint Louis, debout sur le château d’arrière du vaisseau la Monnaie, joignait ses prières à celles de ses compagnons ; elles ne furent pas exaucées. Le tombeau du Christ resta au pouvoir des infidèles, et le roi, après un séjour trop prolongé d’abord dans l’île de Chypre, puis à Damiette, en Égypte, était fait prisonnier le 6 avril 1250 à la bataille de Mansourah. Dans l’intervalle, Alphonse, comte de Poitiers, s’était embarqué à Aigues-Mortes le 25 août 1249 pour apporter à son frère des secours en hommes et en argent ; il n’arriva que pour partager sa captivité. Saint Louis, racheté par la nation, visita en simple pèlerin cette terre-sainte qu’il espérait arracher aux infidèles. Ayant appris la mort de sa mère, régente du royaume, il partit d’Acre le 25 avril 1254, et fit voile pour la France avec l’intention de débarquer à Aigues-Mortes ; mais des vents contraires le forcèrent à s’arrêter à Hyères, le 12 juillet, avec la reine Marguerite et les trois enfans qu’il avait eus d’elle pendant la croisade.

Cependant les musulmans avaient repris une à une toutes les places fortes que les chrétiens occupaient encore en Syrie et en Palestine. Il ne leur restait plus que Ptolémaïs (Saint-Jean-d’Acre) et Tripoli. Saint Louis, décidé par un rêve qui avait vivement impressionné son naturel mystique, voulut entreprendre une huitième croisade, et l’annonça dans une séance du grand-parlement au Louvre le 25 mars 1267. Le 1er juillet 1270, il s’embarquait de nouveau à Aigues-Mortes avec ses trois fils, en suivait le même chenal qu’il avait déjà parcouru vingt-deux ans auparavant. Il voulut faire d’abord le siége de Tunis, dont les richesses tentaient les aventuriers qui l’accompagnaient. Les raisons qui avaient déterminé le saint roi étaient plus nobles et conformes à la naïveté de ses croyances. Mohammed, le souverain de ce royaume, l’avait leurré de l’espoir qu’il se convertirait au christianisme ; mais son frère Charles d’Anjou convoitait surtout la conquête de cette partie de l’Afrique si voisine de ses états. On était au fort de l’été ; les maladies sévirent dans l’armée, saint Louis fut atteint comme les au-