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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/784

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s’arroge la France, et commette trop souvent, au moins en parole et en intention, la faute de 1849. Employer dans l’intérêt d’un parti religieux la force armée de la nation est un véritable attentat contre la nation. Qu’à l’avenir les catholiques se contentent strictement du droit commun. La liberté est chose réciproque ; quand on la veut pour soi, il faut l’admettre pour les autres. Quant à nous, soyons obstinément fidèles aux principes. Notre religion, c’est la relation pure, libre, spontanée, de l’homme avec l’idéal. Nous serions non-seulement inconséquens, mais coupables, en employant pour notre propagande des moyens que ne se refusent pas ceux qui respectent moins que nous la conscience. Laissons-leur cet avantage, si c’en est un ; nous aurons notre revanche le jour où nous verrons les adversaires de la liberté se contenter de ce qu’ils dédaignèrent, réclamer chaudement pour eux ce qu’ils n’ont guère accordé aux autres, heureux d’un pis-aller qu’au temps de leur orgueil ils avaient repoussé comme une injure à leurs droits divins.

Ces principes sont les vrais principes français. C’est la France qui les a proclamés, par l’organe de ses meilleurs esprits, avec une éloquence égale à celle des anciens. Restons-y fidèles ; par là nous vaincrons. On entend souvent des personnes animées d’un sincère patriotisme faire ce raisonnement : « nos rivaux suivent une politique anti-catholique ; suivons une politique catholique. » C’est là une grave erreur. Le vrai raisonnement est celui-ci : « nos rivaux suivent une politique de compression religieuse ; suivons une politique de liberté religieuse. » Que tout le monde soit libre en France ; que le jésuite, le protestant, le vieux-catholique, le libre penseur, s’y trouvent à l’aise, y forment des associations, y créent en toute sécurité des fondations durables. Si l’on veut dire qu’avec cette conception de la liberté et ces larges concessions aux diversités, disons-le même, aux aberrations individuelles, il n’y a plus de place pour l’état dans le sens absolu où l’entendirent autrefois les politiques français et où l’entendent maintenant les politiques prussiens, je m’en réjouis, et je suis reconnaissant au catholicisme d’avoir fait en cette circonstance ce qu’il a déjà fait plus d’une fois, c’est-à-dire empêché la formation d’états trop forts. L’état doctrinaire est toujours tyrannique. S’il y avait une raison s’imposant avec évidence, on pourrait prendre cette raison pour base de souveraineté ; mais la raison ne s’impose que par la persuasion. Vouloir inculquer nos idées libérales par les moyens dont se servit autrefois le fanatisme et dont il se servirait encore, s’il le pouvait, c’est une flagrante contradiction, puisque, d’après nos principes, il n’y a d’acte humain méritoire que celui qui est voulu, libre,