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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/773

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mais que l’opposition du parti piétiste à la sécularisation du mariage les força de recourir à des moyens beaucoup moins corrects pour assurer aux « vieux-catholiques » une situation supportable. Cela est si vrai qu’on en est venu tardivement à la mesure par laquelle il aurait fallu commencer, et qui, si on l’avait appliquée à temps, aurait presque suffi.

Qu’a fait le gouvernement prussien, au lieu de donner simplement aux vieux-catholiques la liberté à laquelle ils avaient droit ? Il a inquiété les catholiques qui ont reçu les décisions du concile, et qui constituent l’immense majorité. Ici, il maintient malgré l’évêque un aumônier, un professeur de religion, qui n’admet pas la nouvelle règle de foi. On comprend sans peine que ce n’est pas nous qui accuserons cet aumônier, ce professeur, de commettre en cela le moindre délit. Chacun est dans son droit en ayant sur le concile du Vatican telle opinion que bon lui semble et en l’exprimant ; mais il est clair que le théologien qui s’est séparé d’une église ne peut continuer à enseigner la théologie dans cette église. Dès qu’on donne aux dissidens toute liberté d’opposer enseignement à enseignement, ils ne peuvent rien demander de plus.

Bien plus graves furent les lois de mai 1873, lois vraiment attentatoires à la liberté, gênant l’évêque dans le choix de ses prêtres, lui imposant des règles que l’église ne connut jamais, consacrant une intrusion de l’état (et d’un état hérétique !) dans l’enseignement intérieur de l’église, méconnaissant totalement le principe de la transmission des grâces sacramentelles, qui est la base du catholicisme. Le prêtre catholique n’est pas un fonctionnaire qu’on destitue, qu’on remplace par un autre. Il a une mission ; il reçoit des pouvoirs que lui confère son évêque et de la communion de celui-ci avec le pape le droit de conférer les sacremens d’une façon valable, de disposer des grâces dont l’église tient le trésor. Telle est la doctrine des catholiques. Nous réclamons vivement le droit de n’y pas croire, et même de la combattre dans la forme que nous jugerions opportune ; mais nous réclamons non moins vivement pour les catholiques le droit d’y croire et de conformer leur pratique à leur croyance. Y a-t-on songé ? Chasser les évêques et les curés n’est rien, si l’on ne se donne le droit d’en mettre d’autres à leur place ; mais les prêtres qu’on installera ainsi seront nuls pour les fidèles. Leur messe sera un sacrilége ; leur demander l’absolution sera un péché de plus. Engager le catholique à user du ministère de tels prêtres qu’il sait prévaricateurs, c’est l’engager à une œuvre mauvaise ; or voilà bien la pire chose que puisse faire l’état. A-t-on oublié le clergé constitutionnel de la révolution française, ces églises officielles abandonnées, ces prêtres réfractaires recherchés de nuit et dans les lieux secrets pour les actes