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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/75

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moitié femme et moitié chouette la figure d’une divinité : si l’on se rappelle l’épithète homérique de glavcôpis constamment donnée à Minerve et que cette divinité à face de chouette était la protectrice du pays troyen, on n’hésitera pas à dire que ces vases doivent être autant de Minerves. La série en est longue dans la collection de M. Schliemann et mériterait une étude approfondie ; je ne puis donner ici que des aperçus généraux qui en feront ressortir l’intérêt. Plusieurs vases montrent la divinité complète avec le nombril, les seins, les ailes, le bec, les yeux en arcades, les oreilles, les cheveux, la coiffure plate et l’aigrette inclinée. Sur d’autres, le bec passe à l’état de nez, les yeux se fendent et forment des paupières, une bouche se dessine, d’abord timidement et comme une petite fente horizontale, ensuite avec des lèvres en relief ; c’est une tête humaine, et pourtant c’est encore une chouette. Le nombril de ces Minerves est une des parties dont l’étude offrira le plus d’intérêt : quelquefois il est saillant avec une fossette, comme si le cordon eût été coupé trop long ; le plus souvent il est plat et porte, gravée à la pointe, une croix simple ou cantonnée de quatre points, comme sur beaucoup de vases grecs ou étrusques et dans l’archéologie chrétienne. Quelquefois il est placé très haut, et même entre les deux seins ; alors il est rond et large et occupe précisément la place de la tête de Méduse dans les statues grecques de Minerve. La Minerve d’Hissarlik n’a encore ni lance, ni bouclier : c’est la déesse à tête de chouette ; on ne voit pas trop comment ces attributs guerriers auraient pu lui être donnés avant qu’elle fût devenue tout à fait femme ; mais alors, la chouette étant par la tradition religieuse inséparable de l’idée de Minerve, l’art grec sépara les deux formes, et l’oiseau devint l’attribut de cette divinité. Par quelle suite d’idées l’ancienne population vouée à son culte en vint-elle à lui donner une face de chouette ? C’est ce que la philologie comparée a complétement expliqué. Athéna fut primitivement l’Aurore à la face brillante, comme je l’ai démontré dans mon livre sur la Légende athénienne : le mot glavcôpis exprimait cette idée ; plus tard, le caractère personnel de cette conception s’accusant de plus en plus suivant la loi ordinaire des conceptions religieuses, le même mot signifia « au visage de chouette, » et l’art hellénique avec la civilisation fit le reste. Les vases troyens répondent à la seconde phase de cette conception ; ce sont les premiers documens qui l’attestent, mais ils sont complets.

Aux vases à face de chouette se rattache étroitement une immense série de petites idoles que toutes les couches préhistoriques, mais surtout la couche incendiée, ont fournies. Ce sont des petites pierres plates allongées, ramassées dans les rivières et sur le bord de la