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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/699

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Il n’est pas impossible que cet épouvantail dont on fait si grand bruit se réduise en définitive à une simple force d’opinion, par exemple à la conviction peut-être un peu hasardée qu’on a en sa possession la trompette qui a fait crouler les murs de Jéricho. Cependant ce n’est pas sans raison que le public s’est alarmé des progrès de ce parti, du trouble, de l’irritation qu’il fait naître au dedans, des complications dont il nous menace au dehors. On a dit, non sans vérité, que la France a été faite par les évêques. Si on laissait agir ceux qui prétendent aujourd’hui parler au nom de l’épiscopat, ils l’auraient bientôt défaite. Il est temps de mettre un terme à ces folies compromettantes ; elles ne nous ont que trop déconsidérés aux yeux de l’Europe. Il est temps qu’on sache que la politique de la France n’est pas à la merci des passions d’une secte.

Nous en conviendrons volontiers, le gouvernement actuel est loin d’avoir approuvé les défis imprudens et les prédications furibondes qui sont devenus, comme il aurait dû le prévoir, un grave embarras pour lui ; mais en les tolérant au milieu du silence imposé à la presse, en s’abstenant avec soin de les désavouer, il a donné le droit de croire qu’il en était complice. M. le duc de Broglie, nous sommes heureux de lui rendre ce témoignage, a maintenu à l’étranger, avec une fermeté qui n’était pas sans mérite, la sage et libérale politique inaugurée par M. Thiers. Aussi a-t-il eu sa part dans ces injures envenimées dont certaines vertus possèdent seules le secret. Ces injures mêmes sont un hommage rendu à l’indépendance de son jugement ; il peut s’en faire honneur comme ceux qui les ont encourues avec lui. Cependant, s’il n’a ni partagé ni encouragé ces aveugles passions, il a eu, comme le cabinet du 24 mai tout entier, le tort grave de laisser croire qu’il était sous leur dépendance. Par cela seul qu’il laissait s’accréditer cette opinion, le mal devenait aussi réel que s’il avait effectivement subi la loi des préjugés qu’il combattait.

Cette supposition n’était que trop vraisemblable en présence de tous les gages d’alliance et de mutuelle satisfaction que le ministère du 24 mai et l’ultramontanisme échangeaient dans la première ferveur d’une amitié éphémère. Comment admettre que des alliés à qui l’on donnait pleine carrière à l’intérieur, dont on encourageait les plus insoutenables prétentions, dont on applaudissait les invectives contre ces affreux anarchistes du centre gauche, les Thiers, les Dufaure, les Rémusat, les Casimir Perier, les Laboulaye et autres, n’étaient plus à l’extérieur que des brouillons importuns à qui l’on eût volontiers fermé la bouche, si l’on n’avait craint de perdre le précieux appoint de leur concours et de leurs votes ? Est-il surpre-