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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/696

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événemens de la première partie du siècle, entreprit de relever la nationalité italienne, le parti ultramontain, averti par un infaillible instinct, comprit sur-le-champ, le danger qui allait menacer son œuvre de prédilection. Il signifia aussitôt à l’empereur un veto qui devint chaque jour plus impérieux, et devant lequel le vainqueur de Solferino finit par reculer. Il lui fut plus facile de venir à bout des armées autrichiennes que de vaincre l’obstination d’un parti dont il avait démesurément laissé grandir les forces.

Cette résistance était facile à prévoir. Il fallait méconnaître tous les enseignemens de l’histoire pour ignorer qu’entre la papauté temporelle et la nationalité italienne il y avait une incompatibilité non pas accidentelle et passagère, mais permanente, essentielle, absolue. Entre l’une et l’autre, il fallait choisir, vouloir les faire vivre ensemble était chimérique. L’idée de relever l’Italie n’était pas seulement une grande et généreuse pensée, c’était une pensée politique, nous persistons à le croire en dépit d’illustres autorités ; mais elle était politique à la condition expresse, indispensable, que l’entreprise fût poussée jusqu’au bout, car l’Italie incomplète, l’Italie arrêtée dans son légitime développement, c’était l’Italie mécontente sinon hostile. Il était insensé de la faire contre nous. Il fallait ou ne pas la relever, ou l’avoir à tout prix pour alliée en lui laissant prendre son expansion naturelle. Entre la France et l’Italie reconstituée dans ses conditions normales, il y avait, quoi qu’on en ait dit, une complète harmonie d’intérêts et de tendances, et si l’entrée de cette nouvelle puissance dans le concert européen devait en modifier l’équilibre général, ce ne pouvait être qu’à notre profit.

Malheureusement l’empereur Napoléon, qui semble avoir entrevu par momens cette vérité, manqua de la décision nécessaire pour achever son œuvre, et en perdit ainsi tout le bénéfice. Troublé de voir se dresser devant lui l’obstacle intérieur alors qu’il n’avait jamais songé qu’aux ennemis du dehors, partagé entre le désir de satisfaire les Italiens et la crainte de mécontenter les ultramontains, cet esprit singulier, aussi indécis dans l’action, qu’il était hardi et même téméraire dans la spéculation, hésita, tergiversa devant les difficultés de la tâche, s’aliéna les deux partis à la fois, puis enfin fut amené par cette faute même, à chercher parmi les puissances européennes un auxiliaire qui voulût bien se charger d’achever ce qu’il avait lui-même commencé.

On sait ce que l’intervention de cet auxiliaire nous a coûté. Si j’ai rappelé ces faits, c’est seulement pour constater que, grâce à l’appui qu’il trouva dans une partie de l’opinion, l’ultramontanisme a pu rendre stérile et même dangereuse la plus grande entreprise