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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/694

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dans les critiques que nous entendons adresser à certaines doctrines et à certains hommes. Nous savons comme tout le monde que ce clergé compte dans ses rangs, — et parmi ceux même qui professent des opinions ultramontaines, mais qui reculent sagement devant les conséquences du système, — un grand nombre d’hommes animés du patriotisme le plus vrai, des esprits aussi sages qu’éclairés. Ce ne sont pas eux qu’on met en cause ici, c’est cette petite église particulièrement immaculée, aux yeux de qui l’évêque d’Orléans est un suspect et presque un factieux. Tout au plus pourrait-on leur reprocher l’abnégation mal entendue qui les pousse à se taire lorsqu’ils devraient élever la voix, et leur fait ainsi accepter toutes les apparences d’une solidarité qu’ils repoussent au fond du cœur. Ils semblent atteints, eux aussi, de cette inertie incurable qui, dans tous les momens critiques de notre histoire, paralyse et annihile nos partis conservateurs au profit d’une minorité violente ou fanatique. Triste abdication dont ils ne se vengent d’ordinaire qu’en assistant avec une égale résignation à tous les excès commis en sens contraire !

Tant que l’influence politique de l’ultramontanisme ne s’est exercée que dans nos luttes intérieures, on a eu le droit de la blâmer comme une intervention regrettable de l’élément religieux dans des débats auxquels il devrait rester étranger, mais elle n’a eu que des inconvéniens après tout secondaires. Cette intervention a en partie faussé un instrument précieux d’ordre, de moralité, de conservation, en le mettant parfois au service des plus mauvaises causes. Elle a aussi contribué plus d’une fois à aggraver nos divisions intérieures ; elle n’a du moins pas fait courir au pays de péril sérieux. Je n’ai pas à raconter dans quelles occasions, ni dans quel sens la politique ultramontaine a agi chez nous à ce point de vue ; je me contenterai de rappeler, pour en caractériser l’esprit général, qu’en dépit des efforts plus généreux qu’efficaces de Montalembert, de Lacordaire et de leur école pour l’enrôler dans la cause libérale, le parti ultramontain ne s’est montré satisfait de nos divers gouvernemens que deux fois dans le cours entier des cinquante dernières années. La première, c’est à l’époque des ordonnances du roi Charles X contre les libertés publiques ; la seconde, c’est à l’époque du coup d’état du 2 décembre. Ce sont là les deux seuls momens où l’ultramontanisme ait montré une satisfaction sans mélange.

Cette satisfaction, dont il est facile de retrouver l’expression dans les documens contemporains, est à elle seule tout un programme de gouvernement et peut se passer de commentaires. On aurait tort d’ailleurs de s’étonner du profond scepticisme dont elle témoigne