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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/640

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au sud, étaient incorporés dans l’armée du nord, on arrivait au chiffre formidable de 982 000 hommes et 209 000 chevaux, dont plus de moitié, aussitôt après la mobilisation, pouvait aller à la frontière. C’était déjà beaucoup, et ce n’était pas tout. Si on avait pu garder quelque illusion sur l’attitude de l’Allemagne du sud, la manière emportée dont la diplomatie française avait déplacé et engagé le conflit ne laissait plus même de place à la neutralité armée dans laquelle on aurait pu se retrancher ; elle avait poussé d’un seul coup les états du sud dans les bras de la Prusse. Malgré une certaine velléité de résistance des chambres de Munich, le roi Louis de Bavière, invoquant le traité qui le liait à la Prusse, donnait l’ordre de mobilisation dès le 16 juillet. Le roi de Wurtemberg, absent de Stuttgart, revenait au plus vite et se prononçait le 19 en déclarant « l’intégrité de l’Allemagne menacée. » Le grand-duché de Bade n’avait pas tant attendu, il avait décidé la mobilisation dans la nuit du 15 au 16. Or les états du sud portaient à l’Allemagne désormais militairement unie 200 000 hommes de plus. Déduction faite des troupes de garnison ou de dépôt organisées comme en Prusse et ayant le même rôle que dans le nord, la Bavière pouvait fournir immédiatement 50 000 fantassins, 5 000 cavaliers et 192 bouches à feu en deux corps d’armée ; la division active wurtembergeoise était de 15 000 hommes d’infanterie, 1 500 hommes de cavalerie et 54 canons ; le contingent actif de Bade était de 11 000 fantassins, 1 800 cavaliers et 54 pièces d’artillerie. Allemagne du nord et Allemagne du sud réunies pouvaient marcher au combat avec une armée immédiatement disponible de 462 000 hommes d’infanterie, 56 000 hommes de cavalerie et 1 584 bouches à feu. C’était assurément beaucoup contre nos modestes 250 000 hommes errant sur la frontière à la recherche d’un ennemi qu’ils ne pouvaient trouver, puisqu’il n’y était pas encore, et dont on allait si peu distinguer l’approche le jour où l’on était exposé à l’avoir sur les bras.

Ces forces allemandes, si disproportionnées avec les forces françaises, devaient être et étaient en effet immédiatement réparties en trois armées, obéissant à une même pensée, convergeant vers un même but. La Ire armée, aux ordres du vieux général Steinmetz, comptait le VIIe, le VIIIe corps, la 3e division de cavalerie, près de 60 000 hommes, et avait mission de marcher sur la Sarre par Trèves, Sarrelouis, ayant pour abri sur sa droite la neutralité du Luxembourg. La IIe armée, aux ordres du prince Frédéric-Charles, comprenait la garde prussienne, les IIIe, IVe et Xe corps, les 5e et 6e divisions de cavalerie, à peu près 140 000 hommes pour le moment ; mais la réserve qui la suivait, qui se composait du IXe et du XIIe corps saxon, pouvait l’élever aussitôt au chiffre de 194 000 hommes. Débouchant par Mayence, Manheim, elle devait s’avancer au centre